Célébration du 8 mars 2026 : Quand la gent malienne ignore ses martyrs
À l’instar des autres pays du monde, le Mali a célébré, hier dimanche, la Journée internationale des droits des femmes. Et c’est Bandiagara qui a eu l’honneur d’accueillir les festivités de cette année sous la présidence du Premier ministre, Abdoulaye Maïga. Si la journée a mis l’accent sur le courage, la résilience et le rôle crucial des femmes dans le développement et la paix, la gent féminine, pour le moins, a manqué par-delà la réclamation de ses droits les plus élémentaires mais et surtout à son devoir de solidarité voire une opportunité de la manifester à l’endroit de certaines de ses composantes plus dévouées à la cause commune que les actrices publiques.
En effet, alors que la journée a été célébrée à travers le monde, notamment par des marches, des conférences, des concerts, des expositions et des débats, la célébration s’est vraisemblablement limitée au Mali à de simple festivités sur fond de simples parades en uniforme comme pour distraire l’opinion des réalités qui prévalent.
Jadis sur tous les fronts pour dénoncer des dérives, répertorier des violations de droits de la femme et même dénoncer les violences et persécutions qu’elles subissent, les amazones maliennes s’y prennent si timidement qu’elles s’apparentent à des arlequins et au point d’inspirer des questionnements sur leur l’utilité des associations par lesquelles nombre d’entre elles ont construit leur réputation sur leur inflexibilité face aux pouvoirs politiques. Voilà quatre reprises, par exemple, que la loi n°2015-052 du 18 décembre 2015 relative au quota de 30 % de femmes aux fonctions nominatives est allègrement piétinée sans qu’elles lèvent un petit doigt. Ce qui leur revient de droit est vraisemblablement le sacrifice sur l’autel des mêmes complaisances qui prévalent au mutisme des leaders de la gent devant l’incapacité des pouvoirs à épargner aux femmes maliennes les injonctions et châtiments corporels de djihadistes sur les axes routiers.
Plus intriguant encore, l’indifférence sur l’incarcération d’un personnage aussi emblématique de la cause féminine que Mme Rokia Doumbia dite «Rose Vie Chère». Depuis plus de deux ans qu’elle est abonnée aux geôles pour sa dédicace à la souffrance des plus modestes composantes de la gent malienne, les ménagères, elle devrait s’interroger du fond de sa cellule sur l’opportunité de son sacrifice, dans un pays où la reconnaissance et l’intérêt du public se méritent plus sur les scènes de divertissement que par la dédicace au mieux-être social. En effet, alors qu’elle partageait la cellule avec les artistes Babani Koné, Mariam Bah et Bikini, sous mandat de dépôt pour présomption d’infractions en lien avec la cyber-criminalité, il y a moins d’une année, une foule prenait d’assaut les emprises de la prison de Bolé en signe de solidarité à ses codétenues. À coups de slogans de soutien et d’appels à leur libération, les soutiens des artistes ont spontanément battu le pavé au nom de leurs penchants artistiques et n’ont lâché prise sur les médias jusqu’à l’octroi d’une liberté provisoire à leurs idoles. Si les associations féminines s’étaient investies avec autant de détermination pour Mme Rose La vie Chère au nom de la sublimité de son combat, elle aurait peut-être bénéficié des mêmes largesses de la justice. Faute de quoi, les artistes sont sorties de prison en y laissant une dame qui les y a précédé et dont le tort réside peut-être dans son engagement trop candide pour une cause qui ne compte pas plus pour celles qui en subissent la souffrance, les ménagères, que pour celles qui sont moralement tenues de les défendre.
Amidou Keita
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