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Entre Nous : En désespoir de cause ?

 

Dans la lutte contre les « groupes armés djihadistes », certains pays n’hésitent pas à recourir à des groupes d’auto-défense. Après le Burkina Faso avec les VDP (Volontaires pour la Défense de la Patrie) le Niger a, le 27 mars dernier, adopté une ordonnance portant création des « organisations territoriales d’autodéfense » dénommées Domol Leydi (Défense de la Patrie en Fulfulde). Ces organisations seront composées d’anciens membres des forces de défense et de sécurité originaires des localités, en plus d’autres habitants. Ces groupes de volontaires civils auront pour missions de fournir des renseignements, de sensibiliser et de protéger leurs terroirs. 

Le Mali n’a pas officiellement opté pour cette initiative. Au contraire, de nombreux fora organisés dans notre pays ont recommandé à l’Etat de dissoudre les groupes d’auto-défense qui existaient à travers le pays. Certains de ces groupes ont été créés sur des bases communautaires bien avant l’irruption des « groupes armés djihadistes ». La rébellion des années 1990 a été particulièrement un terrain fertile à l’émergence de tels mouvements. La rébellion ne se combat pas de la même manière que les « groupes armés djihadistes ». 

C’est pourquoi l’option d’user de cette stratégie de « civiliser » la guerre asymétrique contre les « groupes armés djihadistes » devrait faire l’objet d’un examen plus approfondi. Les groupes d’auto-défense peuvent représenter un danger non seulement pour les populations civiles, mais aussi pour les autorités. 

Danger pour les populations civiles ! Dans l’impossibilité d’atteindre les forces de défense et de sécurité, les populations civiles deviennent des cibles pour les « combattants djihadistes ». C’est le cas actuellement dans certaines localités du Burkina Faso en représailles à la création des VDP. Que de villages incendiés ou vidés de leurs populations !  

En 2009, suite à l’assassinat à Tombouctou par un commando d’Aqmi du Lieutenant-colonel Lamana Ould Bou, Directeur régional de la Sécurité d’Etat, des jeunes civils appartenant à la communauté de l’officier ont décidé de le venger. Surpris à l’aube autour d’un puits en plein désert, ils ont été décimés par les islamistes d’Aqmi. Les rescapés en ont été traumatisés à vie.  

En représailles à l’engagement des combattants du GATIA et du MSA auprès de la force française Barkhane ou de l’Armée malienne, les combattants de l’EIGS ont massacré des centaines de civils dans la région de Ménaka. Ces atrocités restent encore vivaces dans les esprits. Ainsi, la création des groupes d’auto-défense augmente le risque d’exactions à l’endroit des civils et de règlements de compte entre communautés sur fond de vieilles rivalités. 

Danger pour les autorités ! Les alliés d’aujourd’hui peuvent devenir des adversaires demain. Des adversaires qui échappent à l’appareil étatique et finissent par combattre l’Etat. Certains groupes d’auto-défense qui épaulaient l’Etat aux premières heures des attaques du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (Mnla) ont fini par se retourner contre les intérêts du gouvernement malien. Offrir des armes aux volontaires difficilement contrôlables peut aggraver la criminalité.  

Pour toutes ces raisons, la stratégie consistant à former et armer des volontaires civils pour combattre les « groupes armés djihadistes » apparaît comme une solution adoptée en désespoir de cause. Une solution qui présente davantage le risque d’aggraver le mal que de le soigner. Or une autre option existe : procéder à une judicieuse combinaison des investissements massifs dans le recrutement au profit des forces de défense et de sécurité et des initiatives politiques. 

Par Chiaka Doumbia/Le Challenger

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