Le Gouvernement guinéen a lancé un ambitieux programme de recrutement de 300 enseignants-chercheurs. L’annonce a suscité un regain d’intérêt au niveau de pays comme le Sénégal et le Mali. «La fuite des cerveaux » pour le premier, « l’exode d’enseignants » pour le second. Déjà, une soixantaine d’enseignants-chercheurs sénégalais ont déjà posé leurs valises en Guinée. Des universitaires maliens ont aussi traversé la frontière pour répondre à l’appel du gouvernement guinéen.
Ces départs sont au centre du débat public. Le ministère sénégalais de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation a adressé une circulaire aux recteurs d’université pour demander des explications, non sans dénoncer les pratiques contraires à la réglementation. Le ministère malien de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a, dans une correspondance adressée aux responsables des universités, évoqué « de nombreux cas d’abandon de poste » constatés chez les enseignants-chercheurs. Cette situation, a rappelé le département en charge de l’enseignement supérieur, viole « les dispositions du statut des enseignants-chercheurs … Tout enseignant-chercheur, quel que soit son rang, est tenu d’assurer personnellement l’ensemble des obligations liées à l’exercice de ses fonctions », a rappelé le ministère malien de l’enseignement supérieur dans sa lettre.
Pour le Secrétariat national du Syndicat Autonome de l’Enseignement Supérieur (SAES) du Sénégal, « cette situation illustre une inquiétante fuite des cerveaux vers un pays voisin, attirant des compétences formées au Sénégal mais insuffisamment valorisées localement ». Le SAES interpelle le gouvernement sur l’urgence d’adopter des politiques incitatives à travers des mesures fortes afin d’éviter une fragilisation durable de l’enseignement supérieur.
Comme l’a rappelé le Professeur Mor Gassama, économiste à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, ce phénomène n’est pas nouveau. Au Mali, le secteur de l’éducation a souffert avec le départ massif des enseignants, notamment vers des pays comme la Côte d’Ivoire ou le Gabon à la recherche de meilleures conditions de vie et de travail. Ils ont fui la misère et les années de plomb du Comité militaire de libération nationale (Cmnl) et de l’Union démocratique du peuple malien (Udpm). A l’époque, les conditions du personnel enseignant étaient très précaires.
Au Mali comme au Sénégal, ces départs mettent les gouvernements devant leurs responsabilités. Ils doivent obligatoirement créer de meilleures conditions matérielles et professionnelles afin de freiner l’exode ou la fuite de ces cerveaux vers la Guinée. Au moment où s’ouvrent plusieurs universités au niveau des régions, le gouvernement malien a le dos au mur. Il a l’obligation de sortir la grosse artillerie pour valoriser la fonction des enseignants.
Par Chiaka Doumbia
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