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La guerre en Iran divise les Brics

Les pays des Brics sous la présidence indienne n’ont pas apporté de réponse collective à la guerre américano-israélienne contre l’Iran. Bien que la Chine, la Russie et l’Afrique du Sud aient condamné les frappes contre l’Iran, l’Inde a prudemment appelé au dialogue, ce qui souligne les divergences au sein du groupe.

L’agence qatarie Al Jazeera rappelle que lorsque le Brésil présidait les Brics, les membres du groupe, que l’Iran a rejoint le 1er janvier 2024, avaient critiqué les attaques américano-israéliennes contre l’Iran en juin 2025. Mais en décembre 2025, la présidence est passée à l’Inde, et depuis le début de l’opération Fureur épique, au cours des six premiers jours de laquelle plus de 1.230 Iraniens ont été tués, aucune déclaration collective n’a émané des Brics. Le média note cependant que trois des cinq membres fondateurs de l’organisation ont fait des déclarations à part condamnant les violations du droit international par les États-Unis et Israël.

Le président de l’Afrique du Sud Cyril Ramaphosa a appelé à un cessez-le-feu immédiat, avertissant que le conflit pourrait s’étendre au-delà du Moyen-Orient: « Nous voulons un cessez-le-feu, nous voulons que cette folie cesse. » Le parti au pouvoir en Afrique du Sud, le Congrès national africain, a critiqué les actions des États-Unis et d’Israël, les qualifiant de « légitime défense préventive fondée sur des hypothèses et des conjectures ».

Les États-Unis cherchent à faire en sorte que les autorités sud-africaines quittent les Brics et reviennent à une politique de non-alignement. C’est ce que rapporte le journal sud-africain TimesLIVE citant une déclaration de l’ambassadeur des États-Unis à Pretoria Leo Brent Bozell.

Selon le diplomate, il y a environ un an, Washington a adressé au gouvernement sud-africaine une série de propositions concernant tant la politique intérieure qu’extérieure du pays. Les États-Unis souhaitent notamment que Pretoria renonce à sa participation aux Brics et retire la plainte contre Israël déposée auprès de la Cour internationale de justice. Le journal souligne également qu’un an après les propositions américaines, les autorités sud-africaines n’y ont pas officiellement répondu. Washington, selon l’ambassadeur, « perd patience » au vu de l’absence de réaction du gouvernement sud-africain.

La Russie a également critiqué ces attaques. Dans un message adressé au président iranien Massoud Pezechkian, le président Vladimir Poutine a condamné les frappes et l’assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei. Le ministère russe des Affaires étrangères a qualifié les frappes contre l’Iran d' »actes d’agression armée délibérés et non provoqués contre un État souverain et indépendant, membre de l’ONU ».

Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a fait une déclaration similaire, affirmant que Pékin « s’oppose à toutes les frappes militaires menées par Israël et les États-Unis contre l’Iran ».

L’Égypte, au contraire, a condamné les frappes iraniennes contre les territoires de pays arabes et a mis en garde contre les conséquences de telles actions pour l’ensemble de la région. « L’Égypte condamne fermement la violation par l’Iran de la souveraineté de plusieurs pays arabes, dont Bahreïn, la Jordanie, le Qatar, le Koweït et les Émirats arabes unis. De telles actions auront un impact négatif sur la sécurité et la stabilité de toute la région », indique un communiqué de presse du ministère égyptien des Affaires étrangères.

L’Inde, quant à elle, a adopté une position plus prudente. Le ministère indien des Affaires étrangères a appelé à la diplomatie et à la cessation du conflit, mais s’est abstenu de toute critique directe envers Washington et Tel Aviv.

Modi s’est également exprimé devant les pays du Golfe et a critiqué les frappes de représailles contre eux, sans mentionner l’Iran.

La position réservée de l’Inde reflète des calculs géopolitiques complexes. Le Premier ministre Narendra Modi s’est rendu en Israël les 25 et 26 février 2026, où il a rencontré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et s’est adressé à la Knesset. Lors de cette visite, Modi a déclaré: « L’Inde soutient fermement et en toute conviction Israël en ce moment et à l’avenir. » Les gouvernements des deux pays ont signé des accords de coopération en matière de défense et d’intelligence artificielle. Actuellement, Israël fournit environ 40% de ses exportations d’armement à l’Inde, précise Al Jazeera. Le choix du moment de la visite de Modi en Israël a créé l’apparence d’une « approbation silencieuse » des attaques contre l’Iran, a déclaré le parti d’opposition indien Congrès.

De plus, New Delhi ne souhaite pas une nouvelle confrontation avec Washington. Après un différend commercial avec l’Inde en août 2025, les États-Unis ont réduit en février 2026 les droits de douane sur les produits indiens de 50% à 18%, New Delhi ayant accepté de cesser ses achats de pétrole russe pour acheter davantage de pétrole et d’autres produits américains. « Un grand merci au président Trump au nom des 1,4 milliard d’habitants de l’Inde pour cette merveilleuse déclaration », avait alors écrit le Premier ministre Modi sur sa page X.

Selon les analystes, les réactions divergentes des membres des Brics au conflit iranien témoignent de la difficulté à parvenir à un consensus entre des États du groupe aux liens géopolitiques et aux priorités stratégiques variés. « Il n’y a pas d’unité au sein du groupe. Et cela sape l’idée d’une action commune », a déclaré au New York Times Paulo Nogueira Batista Jr., économiste et ancien vice-président de la Banque de développement des Brics. La guerre en Iran, selon le journal américain, met à l’épreuve l’unité des Brics et oblige les membres du groupe à se poser une question inconfortable: peuvent-ils réellement construire un nouvel ordre mondial sans alignement idéologique?

Serge Savigny

Source: https://observateur-continental.fr/

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