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Me Mamadou Ismaïla Konaté : << Quand la guerre devient un spectacle : les angles morts de l’analyse médiatique >>

La presse française qu’il s’agisse de journalistes spécialisés dans les questions militaires ou non, de correspondants au Proche-Orient ou dans les pays du Golfe, d’experts autoproclamés des conflits armés, de chercheurs ou encore d’anciens officiers généraux aujourd’hui reconvertis en commentateurs donne trop souvent le sentiment d’une analyse alignée sur les thèses dominantes des États-Unis et de leur allié israélien.

 

Sur les plateaux de télévision, la guerre est disséquée avec une fascination presque technique : précision des frappes, puissance des armements, audace stratégique, capacité supposée d’Israël à frapper au cœur du pouvoir iranien, voire à « décapiter » le régime. L’analyse se réduit alors à la contemplation de la puissance militaire et de la virtuosité tactique.

 

Mais à mesure que ces commentaires se multiplient, ils deviennent singulièrement pauvres. Car ils éludent souvent une question pourtant fondamentale : le fait générateur des conflits et la conformité ou non des actions militaires aux règles élémentaires du droit international.

 

Or l’histoire récente rappelle combien ces principes ont été malmenés. L’intervention américaine en Irak en 2003 fut justifiée par des informations erronées sur l’existence d’armes de destruction massive. Le même type de logique d’intervention, parfois au mépris des cadres juridiques internationaux, s’est observé ailleurs, de la Libye au Venezuela, et nourrit aujourd’hui les tensions autour de l’Iran.

 

À ces angles morts s’ajoute une autre simplification : la question du détroit d’Ormuz, artère stratégique par laquelle transite une part considérable du pétrole et du gaz mondial. Sur les plateaux, certains commentateurs se contentent d’affirmer que les États-Unis et le président Trump en particulier auraient les moyens militaires d’en « débloquer » rapidement l’accès.

 

Une telle affirmation relève davantage du réflexe de puissance que de l’analyse. La fermeture ou la perturbation du détroit d’Ormuz ne constitue pas seulement un défi militaire : elle est d’abord un choc économique et politique mondial. Chaque tension dans cette zone entraîne immédiatement une flambée des prix du pétrole et du gaz, dont les premières répercussions se font sentir dans les économies occidentales elles-mêmes.

 

Dans ce contexte, l’idée d’une solution purement militaire occulte un élément essentiel : l’impact politique interne aux États-Unis. Car l’opinion publique américaine, directement affectée par la hausse du coût de l’énergie, pourrait bien se retourner contre un président perçu moins comme un stratège de guerre que comme un dirigeant imprudent, engagé dans une escalade dont les conséquences économiques se répercutent jusque dans la vie quotidienne des citoyens.

 

C’est précisément là que l’analyse médiatique devrait se montrer plus exigeante. La guerre ne se réduit pas à l’exhibition d’une puissance militaire ni à la rhétorique des victoires annoncées. Elle engage des équilibres juridiques, économiques et politiques d’une complexité que le commentaire instantané peine trop souvent à saisir.

 

Dans ce paysage souvent uniforme, certaines voix comme celles de @gallaghereport se distinguent néanmoins par leur retenue et leur souci de contextualisation. Les analyses qui prennent le temps de replacer les événements dans leur profondeur historique et politique rappellent utilement que la guerre n’est jamais seulement une affaire de rapports de force : elle est aussi, et d’abord, une question de droit, de responsabilité et de mémoire.

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