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Pesticides : Les impacts négatifs sur notre santé…

Nombreux sont les pesticides utilisés en agriculture, mais rares sont, hélas, les études de leurs impacts sur la santé. Cette analyse de l’utilisation des pesticides dans trois villages du cercle de Kita (Madina Malinké, Banfara et Toufinko) révèle que  les utilisateurs qui n’aspirent qu’à une production de quantité et sans risques, n’ont cure de systèmes de contrôles adaptés. Une meilleure protection de l’environnement et la préservation des vies humaines sont largement tributaires d’une réelle volonté politique.

  1. Sur la santé humaine :

Au Mali, le répertoire des pesticides utilisés en agriculture est vaste et les études de leurs impacts sur la santé sont rares. L’étude a été menée dans trois villages du cercle de Kita (Madina Malinké, Banfara et Toufinko). 60 pesticides, dont 17 herbicides et 1 insecticide non homologués par le Comité ouest-africain d’homologation des pesticides (COAHP) ont été identifiés. Les pesticides utilisés sur le coton sont formulés à partir de 20 matières actives, dont 5 (soit 25,5%) interdites en Europe. Les pesticides destinés au maraîchage sont formulés à partir de 16 matières actives, dont 5 sont aussi interdites en Europe (soit 31,25%), comme par exemple le profenofos, la bifenthrine et la flubendiamide.

Au cours du suivi médical d’une cohorte de 244 applicateurs, plusieurs signes d’intoxications aigües (cutanée, orale, oculaire, gastrique) ont été observés sur nos trois sites d’étude pendant la période de pulvérisation, essentiellement avec les herbicides. Les cas d’intoxication orale et par inhalation sont les plus nombreux, observés chez 21,5% des applicateurs en juillet, coïncidant avec le pic d’utilisation des herbicides à Madina Malinké. Des cas de toxicité et d’irritation cutanée ont été relevés chez 18,5% des applicateurs en juillet, correspondant à un pic de pulvérisation des herbicides à Banfara. Dans les trois villages, les quantités d’herbicides utilisées sont plus élevées que celles des insecticides. L’utilisation d’insecticides à base de matières actives interdites comme le profenofos, la bifenthrine et la flubendiamide induit à long terme des risques d’infertilité, de perturbations endocriniennes et de maladies neurodégénératives. Le suivi de cette cohorte et l’utilisation de biomarqueurs permettra d’étudier le lien entre l’utilisation de certains pesticides et le développement de maladies chroniques (Marjorie Le Bars, Aliou Sissako, Alban de Montgolfier, Augustin Sagara et Ousmane Koïta, 2025, usage des pesticides et impacts sur la santé des applicateurs en zone cotonnière du Mali).

  1. Sur l’environnement :

D’après les recherches menées par M.M., Toure, et al. (2024, p.9), la culture du coton au Bénin a un impact considérable sur l’environnement en épuisant les sols, en aggravant l’érosion et en accélérant la déforestation et la désertification, notamment à Kandi. L’utilisation d’engrais artificiels et la croissance des terres agricoles mettent en danger l’équilibre écologique, ce qui nécessite une révision immédiate des pratiques agricoles. Les pesticides et les engrais employés dans les cultures de cotonnier peuvent entrer dans le sol et contaminer la nappe phréatique. Elles peuvent aussi se déverser dans les cours d’eau et provoquer la prolifération d’algues, eutrophisant ainsi l’environnement et réduisant la faune et la flore aquatiques. Il a été remarqué que 70,3% des producteurs sondés ont estimé que les produits chimiques utilisés dans la culture du cotonnier ont un impact négatif sur la végétation naturelle. Lors de notre étude exploratoire, nous avons observé que les savanes boisées et herbeuses sont souvent détruites pour cultiver le coton.

Cela conduit à une réduction des espèces locales comme Adansonia digitata (Baobab), Acacia albida (Balanzan) et Parkia biglobosa (Néré). Les herbicides employés ont la capacité de détruire des plantes non ciblées ainsi que leurs animaux associés, ce qui entraîne une diminution de la diversité biologique. Les mauvaises herbes résistantes sont souvent causées par leur utilisation répétée. Enfin, le vent transporte souvent les pesticides pulvérisés sur les cultures du cotonnier et ils peuvent avoir un impact sur les pollinisateurs tels que les abeilles et les papillons (Boubacar Sidiki DEMBELE, Famagan-Oulé KONATE, Abdoulkadri Oumarou TOURE, Mamadou S. DIALLO, 2025, analyse des effets néfastes de la culture du cotonnier sur l’environnement dans le cercle de Kita).

Par ailleurs ce recours systématique aux traitements chimiques préventifs impacte directement plusieurs services écosystémiques que ce soient les ennemis naturels et les pollinisateurs mais aussi les micro-organismes utiles tant sur les parties aériennes des plantes que dans le sol et indirectement toute la biodiversité environnante. La plus-value apportée par les pesticides chimiques par rapport à un système agroécologique plus robuste est donc loin d’être toujours assurée (Martin T., André P., Risede J. M., Lammoglia K., Sester M., Deletre E., Diabate S., Konan A. J. K., Le Bellec A., Blouin F., Ghneim-Herrera T., Côte F.X., 2025, caractériser les leviers techniques permettant de développer des alternatives à l’usage des pesticides de synthèse).

En plus de la porosité de nos frontières, la question est de savoir qu’en est-il pour un laboratoire d’analyse et d’attestation de la qualité des pesticides en République du Mali ? Est-ce qu’il existe une ligne budgétaire financée par l’état malien pour la promotion des pesticides biologiques ? Qu’en est-il pour les mécanismes de gestion des emballages des pesticides en République du Mali ?

Qu’en est-il de la formation académique pour prise en compte efficace et efficiente de la problématique des pesticides ?

Quand la volonté politique s’affirme, l’environnement est mieux protégé, des vies humaines sont préservées !

Adama Sambou SISSOKO, Docteur en Géographie de l’environnement et Directeur Général du Journal Vert du Mali-JVM

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