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Souveraineté monétaire : Les pays de l’AES face au piège de l’ECO 

Annoncée et maintes fois repoussée, la mise en circulation de la monnaie unique de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), baptisée “Eco”, à moins que l’ensemble des États membres ne soient à la traîne des exigences avant l’échéance, est finalement programmée pour 2027. Et, selon les termes du projet, son avènement préfigure une rupture ou presque avec la France. Exit donc Ainsi donc les reproches souvent faits aux représentants de ce pays d’imposer leurs points de vue et leurs décisions au sein des institutions sous-régionales et des différentes instances monétaires. Avec l’ECO, en effet, les administrateurs français ne vont plus siéger à la Banque Centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), après que la France est déjà retirée du Conseil d’administration, du Comité de politique monétaire de la BCEAO ainsi que de la Commission bancaire de l’UÉMOA. Et ça n’est pas tout. En plus d’imprimer eux-mêmes leur monnaie, les Etats membres de l’ECO n’auront certainement plus à déposer leurs réserves de changes ou partie de celles-ci garder dans le trésor français. L’avènement de l’ECO s’annonce en définitive comme l’avancée la plus décisive dans l’affranchissement monétaire des pays de la sous-région ouest-africaine voire d’une rupture avec le franc CFA que beaucoup assimilent à un instrument de servitude, même si les mécanismes de garantie de stabilité, en cas de déficit de la balance de paiement, restent à définir.

Initialement conçue pour les 15 États membres de la CEDEAO, la nouvelle monnaie ne regroupera désormais que 12 pays avec le retrait du trio confédéral du Sahel, en l’occurrence le Burkina, le Mali et le Niger dont la position reste encore floue. Alors qu’on s’attendait à l’annonce d’une monnaie AES, lors de la deuxième session de ses chefs d’Etats tenue à Bamako en fin d’année 2025, les populations de la jeune Confédération se sont contentées d’une simple passation de témoin entre le président sortant, Assimi Goïta, et le nouveau Président en exercice Ibrahim Traoré. Ainsi, avec la mise en circulation de l’ECO qui s’accélère à pas de géant, la souveraineté de la CEDEAO dans le domaine monétaire semble plus réelle que le souverainisme des pays de l’AES en proie à l’incertitude et au dilemme cornélien devant le tournant historique de 2027. La question alimente les débats, en effet, de ce qu’adviendra des trois États qui ne sauraient demeurer dans la nouvelle union monétaire en n’étant pas membres de l’espace qu’elle couvre, quoiqu’ils puissent répondre aux principaux critères de convergence : une inflation à moins de 10 %, le déficit budgétaire à moins de 3% du PIB et la dette inférieure à 70% du PIB. Face au de 2027, trois choix s’offrent à eux, en tout cas. Primo, ils pourraient signer leur retour au sein de l’organisation sous-régionale et bénéficier de ses avantages ne serait que pour la levée des fonds jusqu’ici opérée dans l’espace l’UEMOA destiné à l’absorption par la CEDEAO. Pour ce faire cependant, ils vont devoir respecter à lettre les exigences qui passent à prime abord par le retour à l’ordre constitutionnel et le respect de certaines libertés fondamentales. Secundo, à défaut d’embarquer dans le bateau ECO, les États de l’AES pourront opter de garder le Franc CFA, avec le risque d’accepter une servitude constamment décriée sans assurance d’une garantie de par la France avec laquelle ils n’entretiennent plus que des liens d’hostilité depuis l’avènement brusque des régimes militaires. Tertio, ils pourraient également surprendre avec la création de leur propre monnaie avec tous les risques d’instabilité économique ou de récession que cette option comporte pour des Etats en guerre contre le terrorisme déjà si coûteux pour le quotidien de leurs populations.

Amidou Keita

Le Témoin

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