A la uneDernières nouvellesFaits DiversPolitique

Nouvelle dynamique diplomatique : faut-il croire à la sincérité de l’Algérie envers le Mali ?

La poignée de main entre Bamako et Alger après plusieurs mois de brouille diplomatique a forcément quelque chose de rassurant. La visite de travail effectuée à Alger, le 24 août 2026, par le Premier ministre malien, le Général de division Abdoulaye Maïga, est venue donner un visage concret à ce réchauffement. Dans les deux capitales, les discours sont désormais orientés vers l’avenir, avec la volonté affichée de relancer une coopération mise à rude épreuve par les tensions des dernières années.

Mais en politique, les images de retrouvailles ne suffisent pas toujours à effacer les blessures. Au Mali, une question revient dans les discussions : faut-il réellement croire à la sincérité de cette nouvelle dynamique algérienne ? La question peut paraître provocatrice, mais elle traduit une méfiance qui s’est progressivement installée dans une partie de l’opinion malienne. Elle renvoie surtout à une histoire longue et douloureuse, celle des crises du Nord du Mali, dans lesquelles l’Algérie a toujours occupé une place importante.

Depuis plusieurs décennies, Alger s’est imposée comme un acteur incontournable dans la recherche de solutions aux crises maliennes. L’Accord pour la paix et la réconciliation, issu du processus d’Alger en 2015, en est l’une des principales illustrations. À l’époque, beaucoup espéraient que cet accord permettrait de tourner définitivement la page des rébellions et d’ouvrir celle d’une paix durable.

Mais les années ont passé et les problèmes du Nord sont restés. L’instabilité, les groupes armés et le terrorisme ont continué à peser lourdement sur le Mali. Pour une partie des Maliens, cette situation nourrit aujourd’hui le sentiment que les différentes médiations n’ont pas apporté les résultats attendus. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la méfiance actuelle vis-à-vis du rôle d’Alger.

Cette méfiance s’est encore accentuée avec la dégradation des relations entre les autorités maliennes de transition et l’Algérie. À Bamako, des responsables et certains observateurs ont accusé Alger d’entretenir une proximité jugée trop importante avec des groupes armés opposés aux autorités maliennes. L’Algérie, de son côté, a rejeté ces accusations.

Dans une analyse journalistique, il faut évidemment faire la part des choses entre les accusations politiques, les perceptions de l’opinion et les faits établis. Mais même lorsqu’une accusation n’est pas établie, elle peut avoir des conséquences politiques bien réelles. Elle peut installer le doute, nourrir la méfiance et compliquer davantage les relations entre deux États voisins.

Le drone de Tinzaouatine, symbole d’une rupture

La crise a atteint un niveau particulièrement préoccupant après l’affaire du drone malien près de Tinzaouatine. L’incident a profondément détérioré les relations entre Bamako et Alger et entraîné une série de mesures diplomatiques et politiques qui ont donné l’impression d’une rupture presque totale.

Pendant cette période, les deux pays ne se sont pas épargnés les critiques. Même les tribunes internationales ont parfois été utilisées pour faire entendre les désaccords. La relation entre deux pays qui partagent une frontière de plus de 1 300 kilomètres s’est alors retrouvée au plus bas.

C’est précisément pour cette raison que la reprise du dialogue constitue aujourd’hui un événement important. Elle montre que, malgré la profondeur des différends, les deux capitales ont finalement compris qu’une confrontation permanente ne pouvait servir durablement leurs intérêts.

La géographie finit parfois par imposer sa propre diplomatie. Le Mali et l’Algérie sont voisins. Ils partagent une longue frontière et sont confrontés à des enjeux sécuritaires qui dépassent largement leurs territoires respectifs. Terrorisme, circulation des personnes, commerce transfrontalier et stabilité du Sahel sont autant de sujets qu’aucun des deux pays ne peut ignorer.

Dans ces conditions, le retour au dialogue ressemble à une victoire du pragmatisme sur la confrontation.

Pour Bamako, maintenir des relations fonctionnelles avec Alger peut permettre de défendre plus efficacement ses intérêts et de réduire les tensions sur sa frontière septentrionale. Pour Alger, avoir un voisin malien stable et coopératif constitue également un enjeu sécuritaire et stratégique majeur.

La visite d’Abdoulaye Maïga apparaît donc comme un premier test. Elle intervient après les premiers signes du dégel diplomatique et ouvre la possibilité d’une nouvelle séquence dans les relations entre les deux pays.

Mais que veut réellement l’Algérie ?

C’est probablement là que se trouve la véritable question.

La diplomatie se juge moins à ses déclarations qu’à ses résultats. Bamako peut saluer la reprise du dialogue tout en restant attentif aux actes qui suivront. Les autorités maliennes voudront notamment voir une coopération plus claire sur les questions sécuritaires, une meilleure prise en compte de leur position sur la souveraineté et l’intégrité territoriale du Mali, ainsi qu’une évolution concrète dans les relations avec les différents acteurs de la crise du Nord.

De son côté, Alger a également ses propres intérêts. La stabilité de sa longue frontière méridionale est un enjeu majeur pour sa sécurité nationale. Le Mali demeure aussi un pays important dans la stratégie régionale de l’Algérie.

Il serait donc naïf de penser que la diplomatie entre États fonctionne uniquement sur la base des sentiments ou de la confiance. Chaque pays défend d’abord ses intérêts. La véritable question est de savoir si, aujourd’hui, les intérêts de Bamako et d’Alger peuvent suffisamment converger pour permettre une coopération durable.

Le traitement de cette nouvelle dynamique par la presse algérienne est révélateur de l’importance accordée à cette reprise du dialogue.

El Watan estime ainsi que le retour au dialogue avec Bamako constitue un enjeu stratégique pour Alger, notamment pour préserver un voisinage stable, renforcer la coopération sécuritaire et relancer les échanges économiques et commerciaux.

Le Soir d’Algérie considère, pour sa part, que l’Algérie et le Mali regardent désormais vers l’avenir après plusieurs mois de tensions. L’Expression voit dans la visite d’Abdoulaye Maïga un acte de réconciliation et insiste sur la nécessité de consolider cette nouvelle dynamique.

Ces réactions de la presse algérienne montrent surtout que le rapprochement avec Bamako est perçu comme une nécessité. Au Mali également, cette reprise du dialogue est suivie avec attention, entre espoir de paix et prudence.

Et c’est probablement la bonne attitude à adopter : se réjouir du dialogue sans renoncer à la vigilance.

Le rapprochement entre Bamako et Alger mérite d’être salué. Après une période de tensions aussi fortes, le simple fait que les responsables des deux pays puissent à nouveau se parler constitue déjà un signal positif.

Mais la confiance ne se décrète pas. Elle se reconstruit progressivement.

Le Mali n’a aucun intérêt à entretenir une crise permanente avec son voisin algérien. L’Algérie, de son côté, n’a pas davantage intérêt à voir se détériorer durablement ses relations avec un pays avec lequel elle partage plus de 1 300 kilomètres de frontière et dont la stabilité a des conséquences directes sur sa propre sécurité.

La question n’est donc peut-être plus seulement de savoir : « Faut-il croire à la sincérité de l’Algérie ? » Il faut surtout regarder ce qui va suivre.

Quels seront les actes ? Quelle sera la coopération sécuritaire ? Quelle place sera accordée à la souveraineté du Mali ? Comment seront traitées les questions liées au Nord ? Et surtout, les deux pays sauront-ils éviter les erreurs qui ont conduit à la crise précédente ?

La possible visite du président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta, pourrait constituer une nouvelle étape importante dans ce rapprochement. Mais elle ne pourra être qu’un début.

Car entre Bamako et Alger, le temps des déclarations doit désormais laisser place au temps des preuves.La paix entre le Mali et l’Algérie ne se décrète pas. Elle se construit, se vérifie et se consolide dans les actes.

Modibo FOFANA

Boîte de commentaires Facebook

En savoir plus sur Mali 24

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.