SOUVERAINETÉ MINIÈRE : L’AFRIQUE BRISE ENFIN LE TABOU DE L’EXPORTATION DE LA ROCHE BRUTE
Du Ghana au Zimbabwe, les interdictions d’exporter des matières premières non
raffinées se multiplient à un rythme inédit. Derrière cette vague protectionniste se dessine une rupture continentale avec le modèle extractiviste, accélérée par l’audace du bras de fer malien.
Pendant des décennies, l’Afrique fournissait la matière brute à bas prix, tandis que les usines occidentales et asiatiques en tiraient les emplois, l’industrie et la richesse. Ce scénario d’un autre siècle s’effondre sous nos yeux. L’annonce récente d’Accra d’interdire à terme l’exportation de ses minerais non transformés fait écho aux verrous déjà posés par le Zimbabwe et la Namibie sur le lithium, ou aux pressions de la Guinée sur sa bauxite.
Si le continent bouge d’un même élan, c’est toutefois à Bamako que le rapport de
force a véritablement changé de nature.
En promulguant son Code minier de 2023, en portant la participation de l’État et
des nationaux jusqu’à 35 %, et surtout en contraignant des géants aurifères mondiaux à passer à la caisse sous peine de voir leurs permis suspendus, le Mali a accompli un exploit psychologique majeur. Il a prouvé au reste du continent qu’un État africain pouvait tenir tête aux multinationales sans provoquer l’effondrement de son secteur extractif.
Cette démonstration de souveraineté a immédiatement électrisé l’Alliance des
États du Sahel (AES), poussant le Niger et le Burkina Faso à durcir le ton sur l’uranium et l’or. Mais son onde de choc a débordé bien au-delà ; elle a décomplexé l’ensemble des capitales africaines, désormais sommées par leurs jeunesses de ne plus brader les richesses nationales.
Certes, le défi industriel qui s’ouvre (bâtir des raffineries, financer l’énergie, former des ingénieurs) est immense. Mais le pas franchi est irréversible. L’Afrique ne veut plus être la carrière du monde. Et dans cette
émancipation économique, le Mali n’a pas seulement suivi le mouvement , il en a
incarné le détonateur politique.
Stephan MOMO (stagiaire)
MALI 24
