RETRAIT DE LA MINUSCA : POURQUOI LA CENTRAFRIQUE ESQUIVE LE « SCÉNARIO MALIEN »
À la tribune du 3ᵉ Sommet Russie-Afrique, réuni les 28 et 29 octobre 2026 à Moscou, Faustin-Archange Touadéra a franchi un pas qui se voyait à l’horizon ; programmer la sortie progressive de la Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nation Unies pour la Stabilisation en République Centrafricaine (MINUSCA). Mais derrière les formules sur la « souveraineté retrouvée », le chef de l’État centrafricain a pris soin de poser des garde-fous. En plaidant pour un départ « graduel et concerté », Bangui refuse délibérément la rupture frontale avec les Nations unies.
Le 16 juin 2023, Bamako exigeait le « retrait sans délai » de la Minusma, consommé dans l’urgence six mois plus tard, le 31 décembre 2023. Cette méthode de rupture assumée a permis aux FAMa de réoccuper des emprises stratégiques comme Kidal, mais au prix de défis logistiques colossaux et d’une pression sécuritaire asymétrique accrue. Faustin-Archange Touadéra, pourtant précurseur du rapprochement militaire avec la Russie dès 2017, a tiré les leçons de ce précédent sahélien.
Déployée depuis avril 2014, la Minusca mobilise plus de 14 000 hommes dont la logistique aérienne, médicale et technique reste le poumon de plusieurs provinces centrafricaines enclavées. Les Forces Armées Centrafricaine (FACA), bien que réarmées et appuyées par les instructeurs russes d’Africa Corps, manquent encore d’allonge opérationnelle autonome pour mailler l’ensemble des 623 000 km² du territoire face aux factions armées résiduelles. Un départ brutal créerait instantanément un vide que ni Moscou, accaparé par d’autres fronts, ni le Trésor centrafricain ne pourraient financer au pied levé.
Touadéra applique ainsi une diplomatie de funambule. En annonçant cette feuille de route depuis le Kremlin aux côtés de Vladimir Poutine, il donne à son partenaire stratégique le trophée politique de l’émancipation africaine vis-à-vis du multilatéralisme occidental. Mais sur le terrain, il ménage New York pour négocier un calendrier à rallonge, évitant tout choc systémique.
Pour le comme pour la Centrafrique, l’objectif final reste identique : substituer l’assistance internationale par des accords bilatéraux souverains. Mais là où le Mali a choisi l’électrochoc de la rupture, la Centrafrique privilégie l’usure programmée. Une seule chose est certain, pour sa souveraineté le Mali n’hesite pas a assumer ses choix.
Stephan MOMO (stagiaire)
MALI 24
