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ACCORD SUR LA HAUTE MER : LE COUP D’AVANCE DIPLOMATIQUE DU BURKINA FASO

Voir un parlement sahélien débattre d’océanographie et de biodiversité peut sembler insolite. Pourtant, le vote à l’unanimité intervenu le mardi 3 novembre 2026 à Ouagadougou, autorisant la ratification de l’accord sur la haute mer officiellement désigné sous le sigle BBNJ (Biodiversity Beyond National Jurisdiction), par l’Assemblée législative de transition (ALT), relève d’une remarquable lucidité géostratégique. En s’appropriant ce traité adopté à l’ONU en juin 2023, le Burkina Faso prouve qu’être un pays sans littoral ne condamne pas à l’amnésie maritime.

L’initiative portée par le ministre de l’Environnement Roger Baro repose sur un principe fondateur du droit international ; la haute mer, qui couvre près de la moitié de la planète au-delà des zones économiques exclusives des États côtiers, constitue le « patrimoine commun de l’humanité. » À ce titre, les pays enclavés disposent de droits inaliénables sur ses ressources. L’accord BBNJ instaure un mécanisme contraignant de partage juste et équitable des bénéfices issus des ressources génétiques marines. Qu’il s’agisse de molécules révolutionnaires pour la médecine ou de micro-organismes utilisés dans l’industrie biotechnologique, les dividendes scientifiques et financiers ne doivent plus être le monopole exclusif des multinationales occidentales ou asiatiques qui disposent de flottes d’exploration avancées.

Mais l’intérêt sahélien est aussi environnemental et vital. Les océans représentent le premier régulateur thermique de la planète et le moteur principal des moussons africaines. La dégradation des écosystèmes marins impacte directement les régimes de précipitations et accélère les sécheresses dans la bande sahélo-saharienne. En intégrant la gouvernance de cet accord, Ouagadougou s’assure un droit de regard sur les politiques de conservation globale qui conditionnent indirectement les récoltes de ses paysans.

Cette ratification livre enfin une leçon politique. Alors que les régimes de l’Alliance des États du Sahel sont fréquemment dépeints comme isolés sur l’échiquier multilatéral, le Burkina Faso démontre son aptitude à mener une diplomatie prospective. Face aux appétits des superpuissances sur les fonds marins, les pays sahéliens n’entendent pas abandonner leur part d’héritage universel. Le combat pour la souveraineté ne s’arrête pas aux frontières de sable ; il s’étend désormais jusqu’au large des océans.

Stephan MOMO (stagiaire)

MALI 24

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