La remise solennelle de 400 000 livrets scolaires, effectuée le mardi 3 novembre 2026 sous la présidence du ministre de l’Éducation nationale Amadou Sy Savané, ne représente pas une banale dotation administrative. Financée à hauteur de 445 millions de francs CFA par la Banque mondiale via le projet d’amélioration de la qualité et des résultats de l’éducation pour tous au Mali (MIQRA), cette opération consacre une mutation attendue au cœur des classes de 1ʳᵉ et 2ᵉ années du fondamental ; l’introduction d’ouvrages conçus conjointement en français et en bamanankan.
Voir des écoliers lire avec aisance dans leur langue maternelle est d’une importance capital. Depuis des décennies, le système éducatif malien trébuche sur un écueil cognitif majeur ; contraindre un enfant de six ans à appréhender le calcul et l’écriture dans une langue étrangère qu’il ne pratique pas au quotidien. En fournissant des outils d’apprentissage bilingues, le ministère et ses partenaires s’alignent enfin sur les recommandations scientifiques de l’UNESCO : l’alphabétisation initiale en langue maternelle accélère l’assimilation intellectuelle et facilite l’apprentissage ultérieur d’autres langues.
Cette avancée s’inscrit en résonance directe avec la nouvelle dynamique institutionnelle malienne, marquée par la volonté réaffirmée de promouvoir les langues locales au rang de vecteurs officiels d’émancipation.
Toutefois, le succès de cette réforme ne se mesurera pas aux discours d’inauguration. Une préoccupation majeur guette ce programme ; La distribution ; comment garantir que ces manuels parviendront équitablement jusqu’aux écoles de Ségou, de Mopti ou de Tombouctou sans se volatiliser dans les circuits informels des librairies de rue ?
Si l’État parvient à lever cet obstacle logistique, ces 400 000 livrets auront fait bien plus que meubler des cartables ; ils auront posé la première pierre d’une véritable décolonisation des savoirs fondamentaux.
Stephan MOMO (Stagiaire)
MALI 24
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