COUP DE BALAI VIRTUEL : TIKTOK SUPPRIME PLUS DE 500 000 COMPTES AU MAROC
Dans ce qui s’apparente à une véritable opération « mains propres » sur les réseaux sociaux, la plateforme TikTok a banni plus de 530 000 comptes marocains. Du jour au lendemain, des centaines de milliers de comptes appartenant aussi bien à des influenceurs en vue qu’à des internautes anonymes ont tout simplement disparu des écrans, victimes d’un tour de vis inédit engagé par la filiale de ByteDance.
Cette purge répond à l’exaspération grandissante de la société civile face aux dérives observées sur l’application. Depuis de longs mois, les flux locaux étaient pollués par une course effrénée aux « cadeaux » virtuels, une mendicité en direct devenue industrielle, sans compter le déferlement d’injures, de diffamations et de vidéos racoleuses. Plus préoccupant encore, l’exposition mercantile d’enfants et la prolifération de comptes gérés par des mineurs suscitaient l’émoi des associations de protection de l’enfance.
Face à ces signaux d’alarme, les systèmes de modération automatisés, épaulés par des équipes humaines, ont tranché dans le vif, neutralisant au passage les réseaux de faux abonnés destinés à manipuler artificiellement les algorithmes.
Ce grand nettoyage n’est pas un hasard. Il s’inscrit au cœur d’un climat de tension judiciaire et politique particulièrement lourd à Rabat. Ces derniers mois, les tribunaux du Royaume ont multiplié les sanctions exemplaires contre des créateurs de contenu condamnés pour atteinte aux mœurs ou diffamation, allant jusqu’à prononcer des interdictions judiciaires de fréquenter les réseaux sociaux. Pour TikTok, devancer la colère législative relevait donc d’un impératif stratégique.
L’écosystème numérique marocain, envoi ainsi un signal fort, l’ère du Far West virtuel touche à sa fin. Cette vague massive d’évictions suffira t-elle à assainir les usages à long terme ? ou le sensationnalisme et la quête de rentabilité immédiate trouveront rapidement de nouvelles brèches pour s’exprimer sur d’autres plateformes ? Le guerre est loin de s’arrêter.
Stephan MOMO (stagiaire)
MALI 24
