L’AES va-t-elle franchir le Rubicon monétaire ?
Rien n’est moins sûr. Du moins après cette déclaration du président en exercice de la Confédération des États du Sahel (AES), le capitaine Ibrahim Traoré président du Burkina Faso, lors d’une interview accordée à la journaliste et présentatrice vedette de la Radiodiffusion Télévision du Burkina (RTB), Ruth Bini Ouattara, et au directeur général de la chaîne de télévision Tafouk TV, Salif Sanogo.
En effet, alors que la mise en vigueur de la monnaie unique de la CEDEAO, l’organisation sous-régionale que le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont quitté pour porter sur les fonts baptismaux l’Alliance des États du Sahel, se profile à l’horizon, le président en exercice de la plus jeune Confédération Traoré a été interrogé sur l’éventualité de la création d’une monnaie confédérale.
Sur cette question, le Capitaine a toutefois estimé qu’il convenait de faire preuve de prudence, rappelant qu’une monnaie existe déjà au niveau de l’UEMOA. « On ne peut pas savoir ce qui va se passer. On verra », a-t-il indiqué, sans apporter davantage de précisions.
Pour les initiés de ce genre d’interview, la question ne vient généralement pas du hasard. Elle est soigneusement préparée en amont et s’inscrit souvent dans les préoccupations du moment. Dès lors, faut-il voir dans cette réponse l’annonce, même implicite, d’une réflexion sur une éventuelle souveraineté monétaire de l’AES ? Bien malin sera qui pourra répondre à la place du patron de l’AES qui s’est par ailleurs exprimé sur les perspectives de coexistence entre l’Alliance des États du Sahel et la CEDEAO. Et le Président Traoré, pour le moins, semble privilégier une cohabitation pacifique plutôt qu’une confrontation marquée par les tensions, même si l’AES reste ouverte à différentes options, pourvu qu’elles servent les intérêts et le bonheur de ses populations.
Comme quoi, à défaut de demeurer dans l’espace monétaire de l’UEMOA tout en conservant son identité propre, la jeune Confédération pourrait s’aventurer sur un autre terrain pour exprimer pleinement sa souveraineté monétaire. En tout état de cause, des observateurs avisés ne cessent de s’interroger sur ce que fera l’AES une fois que les équilibres monétaires actuels auront évolué. Va-t-elle lancer sa propre monnaie ou conservera-t-elle le franc CFA, monnaie utilisée dans l’espace UEMOA garantie par la France et dont le fonctionnement demeure au cœur de débats sur la souveraineté monétaire des États africains ? La question est d’autant plus importante que les relations entre les pays de l’AES et la France restent marquées par de profondes divergences sur plusieurs dossiers. Autant de questions qui pourraient trouver des éléments de réponse à l’horizon 2027, année annoncée pour la mise en œuvre de la monnaie de la CEDEAO. En attendant, les interrogations demeurent et chacun y va de son petit commentaire.
Amidou Keita
Le Témoin
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