L’Afrique des médias en conclave chez nous : Les balises de Bamako
Le grand sursaut de la presse africaine est acté à Bamako.
Du 3 au 6 juin 2026 au CICB, les médias du continent, représentés par une trentaine de pays et une forte présence de plus de 300 participants, ont proclamé la souveraineté narrative informationnelle de la nouvelle Afrique en devenir. Ce qu’il convient de nommément citer comme la première édition du Forum Panafricain des Médias (FOPAME), itinérant et alternatif – événement historique – a accouché de l’appel de Bamako.
La capitale malienne qui a ainsi vibré du 3 au 6 juin 2026 au rythme des allocutions, discours, contributions, interventions en questions et réponses aux et des panélistes s’impose d’ores et déjà comme le point de départ d’une profonde refondation de l’espace informationnel continental. Venus des quatre coins du continent, notamment du Burkina Faso, du Niger, du Tchad, de la République Démocratique du Congo, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Togo, du Cameroun et de la Mauritanie, avec le Royaume du Maroc comme invité d’honneur, les plus de trois cents délégués ont célébré en grande messe le sursaut médiatique du continent. Même si les médias occidentaux ont zappé certains évènement primordial pour la souveraineté narrative de l’Afrique, ils n’en sont pas moins tenus de mentionner obligatoirement la verve et le verbe avec lesquels cette souveraineté hautement acquise a été proclamée ici à Bamako. C’est pour dire que la 1ère édition du FOPAME a tenu toutes ses promesses. Placé sous le thème central «Unir les voix, renforcer les liens entre les médias d’Afrique», ledit forum a jeté les bases institutionnelles et professionnelles d’une riposte collective face aux cabales informationnelles qui ciblent les transitions et les élans de souveraineté sur le continent.
Dès la cérémonie d’ouverture, les communications de haut niveau ont planté le décor d’une réflexion sans complaisance sur l’état de la presse africaine. Journalistes, directeurs de publication, chercheurs et universitaires ont convergé vers une analyse commune, celle de l’urgence de bâtir une véritable souveraineté narrative. Les débats ont mis en exergue le fait que l’Afrique ne peut plus laisser des officines extérieures dicter son propre récit ou formuler des grilles de lecture déconnectées des réalités du terrain. Cette exigence s’avère d’autant plus cruciale que le paysage médiatique subit les assauts de la transition numérique, de la déferlante des réseaux sociaux et de l’avènement de l’intelligence artificielle, des outils technologiques qui imposent une mise à niveau managériale et éditoriale immédiate de nos rédactions.
Au cœur des travaux sectoriels, la question de la précarité des entreprises de presse a fait l’objet d’un examen minutieux, car la vulnérabilité économique constitue le premier vecteur de l’aliénation éditoriale. Les participants ont ainsi disséqué l’étroitesse des marchés publicitaires nationaux, la chute drastique des revenus traditionnels et l’absence de modèles de financement résilients, des maux qui fragilisent le statut social des professionnels de l’information. Pour contrer ce phénomène, les délégations ont plaidé pour une diversification audacieuse des sources de revenus, la création de fonds de développement panafricains pour les médias et l’application rigoureuse des conventions collectives, de manière à transformer les organes de presse en véritables industries culturelles viables.
Cette fragilité interne a été directement corrélée aux menaces sécuritaires et à la guerre informationnelle qui sévit particulièrement dans les zones de crise comme l’espace de la Confédération des États du Sahel.
Finalement, le forum a mis en lumière l’existence d’un triptyque agressif associant le terrorisme armé au terrorisme médiatique, ce dernier opérant comme une arme de destruction massive par la manipulation des faits et la diffusion massive de fausses nouvelles. Face à ce front hostile, la rencontre de Bamako a fermement rappelé l’exigence d’un journalisme de responsabilité, à la fois rigoureux, contemporain et profondément patriotique. La formation continue des reporters aux techniques de vérification des faits et à la cyber-sécurité s’impose dès lors comme un pilier de la résistance éditoriale africaine.
L’immense mérite de cette première édition du forum réside dans L’APPEL DE BAMAKO qui installé la capacité africaine à dépasser le simple stade des diagnostics pour formuler des mécanismes institutionnels de coopération concrète. Les quatre jours de travaux ont permis de sceller une union sacrée matérialisée par la mise en place de réseaux permanents d’échanges de contenus, d’initiatives conjointes de coproduction et de plateformes de formation partagées. En favorisant une circulation accrue des informations produites par des Africains pour des Africains, Bamako vient de briser l’isolement des rédactions continentales et d’amorcer une synergie éditoriale sans précédent.
En définitive, la clôture des travaux ce 6 juin 2026 consacre la naissance d’une conscience médiatique panafricaine unie, libre et résolument tournée vers l’avenir…
C H Sylla
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