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Mahamane Mahalmadane à propos de l’éducation au Mali : « Éduquer une fille, c’est éduquer une nation entière »

À l’occasion de la Journée internationale de l’alphabétisation, célébrée ce 8 septembre, Mahamane Mahalmadane, Coordinateur de Kalanko, un média spécialisé en éducation, appelle à renforcer l’accès des filles et des femmes à l’éducation et à l’alphabétisation au Mali. Il présente également l’engagement de Kalanko dans la promotion de l’éducation et sa vision d’un média éducatif capable de toucher les communautés jusque dans les zones les plus éloignées. Entretien!!!

 

Le 8 septembre marque la Journée internationale de l’alphabétisation. Que représente cette journée pour vous, particulièrement dans le contexte éducatif malien ?

En tant que coordinateur de Kalanko, le 8 septembre est pour moi un moment de vérité et un appel pressant au sursaut national. Dans le contexte actuel du Mali, l’alphabétisation n’est pas un sujet secondaire : elle constitue le socle fondamental de toute stabilité, de toute paix durable et de tout développement économique. Savoir lire, écrire et comprendre son environnement est un droit constitutionnel indispensable pour chaque citoyen.

 

Qu’est ce qui a motivé la création du journal Kalanko, consacré à la promotion de l’éducation ?

La création de Kalanko est le fruit d’une vision patriotique, d’une passion pour le secteur éducatif et d’un refus de la fatalité. Nous sommes partis d’un constat flagrant : l’éducation est le secteur le plus vital pour l’avenir et la souveraineté du Mali, et pourtant, il n’existait aucun média spécialisé pour valoriser ses acteurs, analyser ses réformes et documenter ses défis. Nous avons donc décidé de combler ce vide en créant Kalanko.

Au tout début, le projet a démarré modestement sous la forme d’un journal papier de suivi, distribué de manière 100 % gratuite dans les structures éducatives pour apporter une information transparente et accessible. Face à l’engouement et à l’évolution technologique, nous avons structuré notre site web pour en faire une base de données de référence (répertoires des écoles, actualités officielles).

Aujourd’hui, Kalanko a opéré sa mue complète pour devenir une marque média globale, présente sur toutes les plateformes numériques (Facebook, TikTok, WhatsApp, YouTube) avec des productions vidéos de haute qualité, des reportages de terrain et des directs interactifs. Toute cette formidable aventure, de la gratuité du journal papier d’origine jusqu’à notre déploiement digital actuel, a été autofinancée de bout en bout sur fonds propres, sans aucune aide extérieure. Notre ambition ultime se concrétisera très bientôt avec le lancement de notre chaîne de télévision 100 % éducation, un investissement majeur que nous portons une fois de plus sur nos propres ressources pour offrir au Mali le grand média éducatif qu’il mérite.

 

 

Pourquoi est-il particulièrement important de mettre l’accent sur l’alphabétisation des filles alors que l’accès à l’éducation reste encore marqué par des disparités entre filles et garçons ?

Mettre l’accent sur l’alphabétisation des filles, c’est corriger une fracture sociale majeure et handicapante pour notre nation. Éduquer une fille, c’est éduquer une nation entière.

Historiquement, à l’époque où Kalanko faisait ses premiers pas sous forme de journal de suivi gratuit, nos enquêtes de terrain mettaient déjà en lumière des taux de décrochage scolaire et d’analphabétisme dramatiquement plus élevés chez les jeunes filles. L’accès au savoir reste profondément marqué par des disparités et des barrières économiques.

Si nous voulons un Mali fort, nous devons impérativement corriger cette injustice. Une fille privée d’instruction est une force vive que l’on retire au développement du pays. À Kalanko, à travers notre plateforme web www.kalanko.net et nos canaux digitaux, nous produisons quotidiennement des reportages et des campagnes de sensibilisation pour pousser les familles à maintenir les filles à l’école. Nous finançons l’intégralité de ce travail d’utilité publique sur nos fonds propres, sans attendre l’aide de partenaires extérieurs, parce que nous estimons que le sacrifice pour l’éducation des filles est le seul investissement qui garantit un retour infini pour la société.

 

Au-delà de savoir lire et écrire, en quoi l’alphabétisation peut-elle transformer concrètement la vie d’une jeune fille ou d’une femme ?

L’alphabétisation est le point de départ de l’émancipation et de l’autonomie. Elle transforme radicalement la trajectoire d’une femme en lui permettant de devenir une actrice décisionnaire au sein de son foyer et de sa communauté. Concrètement, une femme alphabétisée n’a plus besoin d’intermédiaire pour gérer son activité commerciale ou calculer ses bénéfices. Elle est capable de lire seule une ordonnance médicale pour protéger ses enfants, de comprendre un contrat, d’utiliser les services financiers mobiles et de suivre le cahier de devoirs de ses enfants. Elle acquiert une voix et un pouvoir de négociation.

C’est cette transformation tangible que Kalanko s’est donné pour mission de documenter du début jusqu’à la fin de son évolution. Notre journal gratuit d’origine montrait déjà ces exemples locaux. En migrant vers le web, puis en investissant toutes les plateformes sociales, nous avons multiplié la production de capsules vidéos et de témoignages montrant des femmes maliennes dont la vie a basculé positivement grâce à l’alphabétisation fonctionnelle. En diffusant massivement ces récits inspirants sur tous les écrans, nous prouvons par l’action que le savoir brise définitivement les chaînes de la dépendance.

 

Quels sont aujourd’hui, selon vous, les principaux obstacles qui empêchent encore certaines filles maliennes d’accéder à l’éducation et aux programmes d’alphabétisation ?

Les obstacles sur le terrain sont nombreux et interconnectés. Le premier est sans conteste la crise sécuritaire qui sévit dans plusieurs régions du Mali, entraînant la fermeture forcée de centaines d’écoles et déstabilisant les programmes d’alphabétisation ruraux. Le deuxième est la précarité économique extrême des ménages, qui pousse malheureusement les parents à faire des arbitrages financiers au détriment des filles. Enfin, il y a le poids persistant des pesanteurs socioculturelles et la distance géographique des centres d’apprentissage.

Cependant, le manque de relais médiatiques spécialisés pour analyser ces freins et proposer des solutions concrètes a longtemps été un obstacle majeur. C’est précisément pour combler ce vide que Kalanko a opéré sa grande mutation. Notre journal papier gratuit initial ne pouvait pas couvrir tout le territoire. En créant notre site web et en déployant notre marque sur toutes les plateformes numériques actuelles, nous parvenons désormais à suivre la décentralisation de l’éducation au plus près des réalités régionales. Nous finançons ce réseau de journalistes sur fonds propres, ce qui nous donne une liberté de ton et une indépendance absolues pour pointer du doigt les vrais blocages et interpeller les autorités sans aucune censure.

 

Mariage précoce, pauvreté, travaux domestiques, insécurité, normes sociales… lequel de ces facteurs constitue aujourd’hui le frein le plus préoccupant à la scolarisation et à l’alphabétisation des filles ?

Si l’on analyse froidement la situation actuelle, l’insécurité couplée à la pauvreté forme le cocktail le plus destructeur et le plus préoccupant. L’insécurité crée un climat de peur, provoque des déplacements massifs de populations et prive les jeunes filles d’un cadre d’apprentissage serein. Lorsque la pauvreté s’y ajoute, les familles se résignent à utiliser leurs filles comme variables d’ajustement économique en les surchargeant de travaux domestiques ou en les donnant en mariage précoce, pensant à tort les mettre à l’abri. C’est un cercle vicieux dramatique.

Pour briser ce cercle, l’information de masse est indispensable. C’est pourquoi l’écosystème de Kalanko refuse de stagner. Pour aller au-delà des populations connectées sur internet et toucher les foyers les plus reculés du Mali, là où ces fléaux font le plus de victimes, nous préparons activement le lancement de la première chaîne de télévision 100 % éducation du Mali. Ce projet de télévision thématique, que nous portons entièrement sur fonds propres, sera un outil de sensibilisation de masse sans précédent pour déconstruire ces normes sociales dévastatrices directement au cœur des familles.

 

Quel rôle les familles et particulièrement les parents doivent-ils jouer pour maintenir les filles à l’école et favoriser leur alphabétisation ?

La famille est le premier ministère de l’éducation d’un enfant et les parents sont les premiers remparts contre l’ignorance. Leur rôle est absolument déterminant : ils doivent être les premiers à croire en l’intelligence, aux compétences et à l’avenir de leurs filles. Cela implique un changement de comportement au quotidien : rééquilibrer la répartition des tâches ménagères à la maison pour accorder du temps d’étude aux filles, bannir définitivement l’idée du mariage précoce, et s’impliquer activement dans la gestion de l’école de leur localité.

Accompagner et sensibiliser les parents est inscrit dans l’ADN même de Kalanko depuis le premier jour. Notre tout premier journal papier, distribué gratuitement, avait pour objectif d’entrer dans les salons pour dialogue avec les chefs de famille. Aujourd’hui, à travers nos outils numériques, nos lives TikTok et nos débats interactifs, nous maintenons ce lien direct. Demain, notre future chaîne de télévision proposera des grilles de programmes axées sur la parentalité positive et l’importance du suivi scolaire. Tout cela, nous le réalisons par nos propres moyens financiers pour aider les parents maliens à devenir les premiers investisseurs de la réussite de leurs filles.

 

L’alphabétisation peut-elle contribuer à renforcer l’autonomie économique des filles et des femmes et, à terme, réduire leur vulnérabilité sociale ?

Absolument, et j’insiste sur le fait que l’impact de cette autonomie dépasse largement le cadre individuel pour toucher la santé publique et la stabilité de la nation entière. Une mère de famille alphabétisée est le premier médecin de son foyer : elle comprend les carnets de vaccination, évite les erreurs de dosage des médicaments et veille personnellement à l’instruction de ses propres enfants.

L’alphabétisation est, en réalité, le premier vaccin social contre la précarité et l’exclusion. C’est la raison pour laquelle l’évolution de Kalanko est continue. Du petit journal de suivi gratuit de nos débuts à notre présence sur toutes les plateformes aujourd’hui, notre boussole est restée inchangée : utiliser l’information spécialisée comme un levier d’émancipation collective. Notre transition prochaine vers une chaîne de télévision thématique financée sur fonds propres s’inscrit dans cette vision à long terme : éradiquer l’analphabétisme en rendant les contenus éducatifs accessibles à tous, directement dans les foyers.

 

Selon vous, quel rôle les médias peuvent-ils jouer dans la sensibilisation des communautés et la promotion de l’éducation des filles ?

Les médias détiennent un pouvoir immense de transformation sociale et d’orientation de l’opinion publique. Un média thématique et spécialisé ne doit pas se contenter d’égrener des faits : il doit éveiller les consciences, déconstruire les préjugés et impulser des débats de fond. En mettant en lumière le parcours de femmes leaders, de scientifiques et d’entrepreneures maliennes, les médias offrent des modèles d’identification puissants pour les jeunes filles. Ils ont aussi le devoir d’interpeller les décideurs sur l’état des infrastructures scolaires et l’accessibilité des centres d’alphabétisation.

C’est ce rôle d’agitateur d’idées et de vigie citoyenne que Kalanko assume fièrement à travers son écosystème multi-plateforme. En déployant nos reporters sur le terrain, en vivant les ateliers stratégiques sur la décentralisation de l’éducation et en concevant notre future chaîne de télévision sur fonds propres, nous maintenons le plaidoyer pour l’école des filles au sommet de l’agenda médiatique national. Nous mettons le traitement de l’image et de l’information au service d’un changement radical des mentalités.

 

 

Comment les nouvelles technologies, les médias et les outils numériques pourraient-ils être davantage utilisés pour toucher les filles et les jeunes femmes qui sont éloignées du système éducatif classique ?

À l’ère du numérique, le smartphone ne doit plus être un simple outil de divertissement, il doit devenir une salle de classe alternative et nomade. Pour toucher les jeunes femmes non scolarisées ou vivant dans des zones affectées par l’insécurité, le numérique est la solution idéale pour briser les barrières de la distance.

Nous devons concevoir et diffuser des micro-programmes d’alphabétisation fonctionnelle adaptés aux usages actuels : des capsules audio pédagogiques sur WhatsApp, des tutoriels vidéo courts en langues nationales sur TikTok ou Facebook, et des applications mobiles interactives d’apprentissage.

L’histoire de Kalanko démontre la puissance de cette transition technologique. Nous avons prouvé qu’un organe peut partir d’un format papier imprimé traditionnel pour se muer en un média global digitalisé performant. C’est grâce à cette expertise numérique pointue, développée de manière indépendante et sur fonds propres, que nous parvenons aujourd’hui à capter l’attention de milliers de jeunes à travers le Mali, en introduisant des contenus éducatifs de qualité directement dans leur quotidien numérique.

 

À l’occasion de cette Journée internationale de l’alphabétisation, quel message souhaitez-vous adresser aux parents, aux décideurs et surtout aux jeunes filles maliennes sur l’importance de leur éducation ?

Mon message à l’occasion de ce 8 septembre est un appel solennel à la responsabilité et à l’action immédiate, articulé en trois volets :

Aux décideurs politiques et institutionnels : Accélérez les réformes et soutenez les initiatives innovantes. L’éducation a besoin de relais forts. Kalanko joue pleinement sa partition sur fonds propres en créant des outils d’orientation (comme notre répertoire national des écoles) et en préparant notre future chaîne de télévision, mais l’accompagnement étatique doit être massif.

Aux parents et chefs de famille : Ne considérez jamais la scolarisation ou l’alphabétisation d’une fille comme une perte de temps ou une charge financière. C’est l’héritage le plus précieux, le plus durable et le plus rentable que vous puissiez léguer pour l’avenir de votre famille et du Mali.

Aux jeunes filles maliennes : Prenez pleinement conscience de votre valeur, de votre force et de votre potentiel infini. Le savoir est votre seule liberté absolue, votre bouclier contre les discours de haine et votre passeport pour le monde. Ne laissez jamais personne définir vos limites à votre place.

Propos recueillis par Kada Tandina

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