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MALI : LA DRAGUE DANS LES COURS D’EAU DANS LE VISEUR DES POUVOIRS PUBLICS ET DE LA JUSTICE

Face aux conséquences environnementales, sanitaires, économiques et sécuritaires liées à l’exploitation minière artisanale illégale, les pouvoirs publics veulent renforcer la mobilisation. Au cœur des préoccupations : la pratique de la drague dans les cours d’eau, formellement interdite par la législation malienne.

C’est dans ce contexte que la Commission interministérielle de régulation de l’Exploitation Minière Artisanale et à Petite Échelle (EMAPE) a organisé, ce mardi 6 octobre 2026 à Bamako, une journée d’information et de sensibilisation à l’intention des professionnels des médias.

L’objectif est de mieux informer les journalistes sur les enjeux liés à l’EMAPE et faire de la presse un relais essentiel de sensibilisation auprès des populations, notamment dans les zones riveraines des cours d’eau et des sites miniers.

L’EMAPE constitue un secteur économique majeur au Mali et représente une source de revenus pour des centaines de milliers de personnes. Mais à côté des activités autorisées se développent des pratiques clandestines dont les conséquences préoccupent les autorités.

Parmi elles figure l’utilisation de dragues dans les cours d’eau, une pratique interdite par l’article 62, alinéa 2, de la Loi n°2023-040 du 29 août 2023 portant Code minier en République du Mali.

La drague est ainsi présentée comme une menace à plusieurs dimensions : dégradation des écosystèmes aquatiques, pollution des cours d’eau, risques pour la santé humaine et animale, perturbation des activités des populations riveraines, mais aussi conséquences économiques et sécuritaires.

Pour les pouvoirs publics, la préservation des ressources naturelles passe donc par une application effective de la réglementation et par une meilleure sensibilisation des acteurs.

Les médias appelés à jouer leur rôle

Placée sous l’égide du Commissariat chargé des Activités Minières (CCAM), la rencontre a réuni onze représentants des organisations faîtières de la presse publique et privée au siège du Comité Indépendant de Suivi-Évaluation de la mise en œuvre des Recommandations des Assises Nationales de la Refondation (CINSERE-ANR) à Bamako.

Il s’agirait notamment de vulgariser les dispositions du Code minier relatives à l’interdiction de la drague, d’expliquer ses impacts sur l’environnement, la santé, l’économie et la sécurité, mais également de présenter le plan d’action et de riposte engagé par les pouvoirs publics.

L’enjeu est également de renforcer le partenariat entre les autorités et les médias afin de favoriser la diffusion d’informations vérifiées et responsables.

À terme, la Commission souhaite mettre en place un mécanisme pérenne de collaboration et de veille avec les médias, destiné à assurer une communication continue sur la protection des ressources naturelles.

La justice, un maillon essentiel du dispositif

Au-delà de la sensibilisation et des opérations de contrôle sur le terrain, la lutte contre l’exploitation minière illégale repose également sur l’action de la justice.

Son rôle est notamment de garantir l’application de la loi, de poursuivre les auteurs d’infractions et de contribuer à la protection de l’environnement et de l’économie nationale.

Dans ce cadre, les juridictions peuvent être amenées à ordonner la saisie ou la confiscation des équipements utilisés illégalement, notamment les pelleteuses, groupes électrogènes et véhicules, conformément aux procédures prévues par la législation.

Les auteurs d’exploitation sans autorisation peuvent également faire l’objet de poursuites judiciaires et, selon la nature des infractions et les décisions rendues, de sanctions pécuniaires ou de peines privatives de liberté.

La dimension environnementale occupe une place centrale dans ce dispositif. La justice intervient notamment dans la répression des atteintes aux ressources naturelles et des pratiques interdites susceptibles de polluer les cours d’eau ou de dégrader les écosystèmes.

L’utilisation illégale de substances toxiques dans les activités minières, les atteintes aux forêts ainsi que les conséquences environnementales liées au dragage peuvent ainsi donner lieu à des procédures judiciaires lorsqu’elles constituent des infractions prévues par la loi.

La justice contribue également à la lutte contre les infractions connexes susceptibles d’accompagner l’exploitation minière illégale, notamment les infractions financières et certains réseaux criminels. À cet égard, l’existence du Pôle national économique et financier et du Pôle judiciaire spécialisé en charge du terrorisme constitue un dispositif institutionnel mobilisable lorsque les faits relèvent de leurs compétences.

Renforcer la coopération entre services

La lutte contre la drague et l’exploitation minière illégale ne saurait toutefois reposer sur un seul acteur. Elle nécessite une coordination entre les services chargés des mines, des eaux et forêts, les forces de sécurité, les autorités administratives, la justice et les organisations de la société civile.

Dans cette dynamique, des instructions peuvent être adressées aux magistrats et aux officiers de police judiciaire afin de renforcer la prise en charge judiciaire des infractions constatées sur le terrain, notamment par l’arrestation, la poursuite et le jugement des auteurs, ainsi que par les mesures légales concernant les moyens utilisés.

La sensibilisation et le renforcement des capacités des magistrats, des officiers de police judiciaire et des agents assermentés des services compétents apparaissent également comme des leviers importants pour améliorer l’efficacité du dispositif.

Au-delà de la protection de l’environnement, la lutte contre l’exploitation minière illégale vise aussi à sécuriser le circuit économique de l’or et des autres substances minérales. En combattant la fraude et en favorisant l’orientation de la production vers les circuits officiels de commercialisation, les autorités cherchent à réduire les pertes pour l’économie nationale et à renforcer la traçabilité du secteur.

La journée d’information organisée à Bamako traduit ainsi une volonté de renforcer la synergie entre les différents acteurs. En associant les médias à cette démarche, les pouvoirs publics entendent faire de l’information et de la sensibilisation des instruments complémentaires de la réglementation et de l’action judiciaire.

Coulibaly A

Mali24.info

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