Sadio Camara : Un martyre écorché par la compassion sélective
Brutalement arraché à l’affection des siens et du peuple malien, le défunt ministre de la Défense a eu droit à des obsèques en déphasage avec sa modestie et sa sobriété légendaires, à l’issue de trois journées du deuil national observées à sa mémoire. Feu Général Sadio Camara, il s’agit lui, est la plus célèbre des victimes de l’attaque terroriste revendiquée par le JNIM à Kati où son domicile privé a été la cible d’un assaut complexifié davantage par les nombreuses interrogations demeurées sans réponses. C’est pour tenter de dénouer l’écheveau qu’une enquête a été ouverte par le parquet militaire, qui en rajoute au volume des questionnements par des conclusions pour le moins intrigantes, quant aux charges retenues contre un justiciable tué dans la foulée des événements, l’arrestation d’un gênant acteur politique et la complicité présumée d’acteurs insignifiants dans le rouage. En attendant l’évolution des enquêtes et un éventuel déchiffrage du puzzle, l’insistance sur les probables connexions internes du JNIM et leurs responsabilités pénales aura surtout servi à détourner les intérêts d’une question tout aussi essentielle : la responsabilité des maillons défensifs par la faute desquels les assaillants ont réussi à perforer les boucliers d’une armée en fulgurante montée en puissance pour atteindre des cibles stratégiques en plein cœur de la capitale militaire du Mali. Une question probablement esquivée à dessein, de même que les projecteurs exclusivement orientés sur le martyre du ministre de la Défense aura mis sous le boisseau l’ampleur réelle des pertes humaines consécutives à l’assaut meurtrier d’un JNIM sur son domicile. Les sources concordantes ont beau converger sur les nombreuses autres victimes collatérales du proche voisinage, les canaux officiels n’ont retenu que la seule perte d’un célèbre ministre pourtant victime du terrorisme au même titre que le quidam malchanceux d’habiter à proximité d’un officiel. C’est à sa seule mémoire également qu’un deuil national a été observé sans y associer les autres victimes, une démarche sélective qui donne pour le moins l’impression que la compassion de la nation n’est acquise que par la position et la fonction étatique.
A. KEÏTA
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