Souveraineté numérique : l’AES vers une régulation commune des réseaux sociaux
Faut-il aller vers une régulation commune des réseaux sociaux dans l’espace de l’Alliance des États du Sahel (AES) ? La question prend de l’ampleur au moment où les plateformes numériques occupent une place centrale dans l’information, le débat public et la communication de crise. Au Mali, cette problématique était au cœur d’une rencontre tenue mercredi 2 septembre 2026 au ministère de la Communication, de l’Économie numérique et de la Modernisation de l’Administration, sous la présidence du secrétaire général du département Alkaidi Touré. L’ensemble des acteurs intervenant dans le numérique et les réseaux sociaux ont pris part aux échanges dont l’Association des professionnels de la presse en ligne APPEL, APDP, Pole national de lutte contre la cybercriminalité, la HAC, etc.
Dans l’espace AES, les réseaux sociaux sont devenus un véritable champ de bataille informationnel. La circulation rapide de fausses informations, les campagnes de manipulation, les discours de haine, les contenus préjudiciables ou encore les tentatives d’influence étrangère posent de nouveaux défis aux États.
Le référentiel élaboré au Burkina Faso constitue, dans cette perspective, une piste de réflexion. Il propose d’encadrer les plateformes numériques tout en protégeant les droits fondamentaux. Son approche repose notamment sur la légalité, la proportionnalité, la transparence, la responsabilité partagée et le respect de la liberté d’expression.
L’objectif n’est donc pas de contrôler systématiquement les opinions exprimées en ligne. Le document distingue clairement les contenus illicites des contenus préjudiciables et des contenus protégés. La satire, la critique politique, le débat d’intérêt général et le journalisme d’investigation doivent notamment être préservés contre toute restriction disproportionnée.
L’un des enjeux majeurs concerne la responsabilité des grandes plateformes numériques. Dans le modèle proposé, celles-ci devraient mettre en place des mécanismes simples et accessibles permettant aux utilisateurs de signaler les contenus illicites ou préjudiciables.
Le référentiel burkinabè prévoit également des délais de traitement différenciés, la motivation des décisions de modération et la conservation des contenus retirés à des fins de preuve. Il introduit par ailleurs la notion de « signaleur de confiance », qui pourrait permettre aux structures spécialisées dans le fact-checking ou la lutte contre la désinformation de jouer un rôle accru.
Réguler sans censurer
Pour le Mali, le Burkina Faso et le Niger, la dimension régionale apparaît incontournable. Les réseaux sociaux ne connaissent pas de frontières et une campagne de désinformation lancée dans un pays peut rapidement se propager dans les deux autres.
Une coopération entre les régulateurs, les autorités judiciaires, les professionnels des médias, les acteurs du numérique et les plateformes pourrait ainsi renforcer la souveraineté informationnelle de l’espace AES. Le référentiel burkinabè préconise justement une coopération institutionnelle entre régulateurs, une entraide judiciaire renforcée et des accords avec les grandes plateformes numériques.
Le véritable défi sera toutefois de trouver le juste équilibre entre sécurité numérique, souveraineté informationnelle et libertés publiques. Une régulation efficace ne saurait se traduire par une suppression excessive des contenus licites. Le référentiel insiste d’ailleurs sur la prohibition du « surblocage » et sur la nécessité de garantir l’indépendance des autorités de régulation.
La rencontre organisée à Bamako ouvre ainsi un débat stratégique : l’AES doit-elle se doter d’une approche commune de la régulation des réseaux sociaux ? La réponse pourrait passer par l’harmonisation des cadres juridiques, le renforcement des capacités nationales et surtout par une coopération régionale capable de défendre les intérêts informationnels des États du Sahel.
À l’heure où la bataille de l’information accompagne désormais les enjeux sécuritaires et géopolitiques, la maîtrise du cyberespace apparaît comme un nouvel enjeu de souveraineté pour l’AES.
Modibo FOFANA
Mali24
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