Redéploiement des détenteurs de licence de l’ENSUP : la colère gronde, les enseignants montent au front contre la décision ministérielle
La décision du ministre de l’Éducation nationale, Amadou Sy Savané, a agi comme une véritable étincelle dans un milieu enseignant déjà sous tension. Tombée la semaine dernière, sa lettre ordonnant le redéploiement des enseignants détenteurs de licence professionnelle de l’École normale supérieure (ENSUP) vers leurs établissements d’origine a déclenché une vague de contestation et ouvert un bras de fer avec plusieurs syndicats.
Datée du 2 avril, la correspondance ministérielle enjoint aux directeurs d’académie d’enseignement de procéder, dans un délai de quinze jours, au retour de ces enseignants dans leurs écoles d’origine, en attendant une relecture des textes. Une décision jugée brutale par de nombreux enseignants, qui dénoncent une mesure imposée sans concertation et perçue comme un recul professionnel.
Très vite, la riposte syndicale s’est organisée. Regroupés au sein de la Synergie des syndicats signataires du 15 octobre — notamment le Synem, le Syldef, le Synefct et la Fenarec — plusieurs responsables ont appelé les enseignants concernés à ne pas bouger de leurs postes. Une assemblée générale d’information et de consultation a été convoquée, traduisant une volonté claire de mobiliser la base.
Pour Koni Tangara, secrétaire général de la Fenarec, la pilule ne passe pas. « C’est comme envoyer quelqu’un se former pour ensuite le ramener à la case départ », déplore-t-il. Derrière cette décision, les syndicats voient une remise en cause du statut et de la progression des enseignants concernés, désormais exposés à travailler sous l’autorité de catégories inférieures. « On ne peut pas accepter une telle régression professionnelle », martèlent-ils en substance.
Au-delà du redéploiement, la contestation s’élargit. Les syndicats entendent également remettre sur la table d’autres revendications, notamment la question de la prime spéciale accordée en 2021 et l’accès des enseignants aux services sociaux de base. « Nous allons consulter nos bases, analyser la situation et décider des actions à entreprendre », prévient Koni Tangara, laissant planer la menace d’un durcissement du mouvement.
Les griefs portent aussi sur le fond juridique de la décision. Selon la Fenarec, aucun texte clair ne justifie ce redéploiement, d’autant plus que, selon eux, l’ENSUP n’est plus censée former des enseignants pour le fondamental. « Tous les sortants de l’ENSUP doivent servir dans le secondaire. Le ministre aurait dû attendre la relecture des textes », soutient le responsable syndical.
Mais le front syndical n’est pas totalement uni. Le Syndicat des professeurs de l’enseignement secondaire des collectivités (Sypesco), par la voix de son secrétaire général Moulaye Koniba Coulibaly, adopte une lecture différente. Il évoque une enquête révélant un déficit de compétences dans le secondaire et soutient que la formation dispensée pour la licence professionnelle ne prépare pas à enseigner à ce niveau, mais ouvre plutôt la voie au master.
Dans ce climat de tensions, certains observateurs estiment toutefois que la décision ministérielle repose sur une base légale solide. Ils s’appuient notamment sur l’article 23 du statut des enseignants, qui prévoit la nomination dans l’enseignement fondamental des titulaires d’un diplôme au moins équivalent à la licence.
Entre incompréhensions, frustrations et démonstration de force syndicale, le dossier du redéploiement des licenciés de l’ENSUP s’impose désormais comme un nouveau foyer de crispation dans le secteur de l’éducation. Et à mesure que la colère monte dans les rangs enseignants, le spectre d’un mouvement de protestation d’ampleur nationale se précise.
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