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Excision au Mali : les séquelles d’une vie

À 45 ans, Mariam porte encore les traces d’une excision subie dans son enfance. Entre douleurs menstruelles, intervention chirurgicale, appréhension de la vie conjugale et césariennes répétées, son parcours illustre les conséquences que les mutilations génitales féminines peuvent laisser longtemps après le geste. Alors que le débat sur leur interdiction revient au premier plan au Mali, notamment avec l’appel de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) en août 2026, les données scientifiques rappellent l’ampleur d’un problème à la fois sanitaire, social et humain.

 

« Je ne suis pas une femme entière ». Ces quelques mots résument une souffrance que Mariam porte depuis plusieurs décennies. Aujourd’hui cadre au Mali, cette femme de 45 ans a longtemps vécu avec les conséquences d’une pratique qu’elle n’avait pas choisie.

 

Elle découvre à l’âge de 16 ans que ses difficultés de santé sont liées à l’excision. Ses premières règles, apparues à 14 ans, étaient irrégulières et particulièrement douloureuses. En consultation, un gynécologue identifie une complication nécessitant une intervention. C’est alors que Mariam interroge sa mère.

 

La réponse arrive dans les larmes : elle avait été excisée deux fois par sa grand-mère maternelle et avait perdu beaucoup de sang, au point de frôler la mort. Elle subit ensuite une intervention médicale pour corriger les conséquences de cette mutilation.

 

Mais l’intervention ne met pas fin à ses inquiétudes. Mariam raconte avoir vécu avec la peur des rapports sexuels et de leurs éventuelles douleurs. Cette crainte l’a conduite, dit-elle, à renoncer à plusieurs relations amoureuses, voire au mariage. À 30 ans, lorsqu’elle finit par se marier et tombe enceinte, une nouvelle épreuve commence : son gynécologue lui annonce qu’un accouchement par voie naturelle pourrait présenter un risque de fistule obstétricale. Une césarienne est alors programmée. La même situation se reproduira lors de ses autres maternités.

 

Son histoire donne un visage aux chiffres.

 

Au Mali, les données disponibles montrent que l’excision demeure profondément ancrée. Selon les éléments rapportés dans le document, l’EDS-Mali VI de 2018 estimait à 89 % la proportion de femmes de 15 à 49 ans excisées, tandis que 73 % des filles de 0 à 14 ans étaient concernées. Plus récemment, les données de l’INSTAT citées dans le même document font état d’une proportion de femmes de 15 à 49 ans déclarant avoir été excisées passée de 85,2 % en 2006 à 88,6 % en 2023-2024.

Derrière cette persistance se trouvent des mécanismes sociaux complexes. Au Mali, l’excision a longtemps été associée à l’identité communautaire, au mariage, à la respectabilité et au contrôle de la sexualité féminine. Dans certaines représentations traditionnelles rapportées par les travaux cités, la fille non excisée pouvait être exposée à la stigmatisation et à la marginalisation. L’abandon de la pratique ne relève donc pas uniquement d’une décision individuelle : il implique de remettre en question des normes sociales profondément enracinées.

Pourtant, aucune justification culturelle ne supprime les conséquences sanitaires.

 

Les complications peuvent survenir immédiatement ou plusieurs années après l’excision. Les travaux réalisés au service de chirurgie pédiatrique du CHU Gabriel-Touré évoquent notamment les hémorragies, les infections, la rétention urinaire, les cicatrices, les kystes, les complications génito-urinaires, les douleurs lors des rapports sexuels et certaines complications obstétricales.

 

Une étude rétrospective et prospective menée entre juin 2012 et juin 2018 au CHU Gabriel-Touré a recensé 35 cas de complications liées à l’excision sur 16 441 consultations. Ces complications représentaient 0,21 % des consultations, 0,39 % des hospitalisations et 0,71 % des interventions chirurgicales. L’étude précise toutefois que cette fréquence est probablement sous-estimée, certaines complications étant prises en charge dans d’autres structures ou par d’autres spécialités.

Les données de cette étude sont particulièrement révélatrices d’une réalité souvent invisible : 83 % des patientes de la série avaient subi l’excision avant l’âge de six mois, avec un âge moyen de 2,5 ans parmi les patientes prises en charge. Les complications ne sont donc pas uniquement celles d’adolescentes ou de femmes adultes : elles peuvent commencer dès les premiers mois de la vie.

 

L’étude a également retrouvé différents types de mutilations, avec une prédominance du type II, représentant 74,3 % des cas étudiés, suivi du type I avec 14,3 % et du type III avec 11,4 %. Les complications hémorragiques figuraient parmi celles observées.

 

À long terme, les conséquences peuvent toucher plusieurs dimensions de la vie. Les douleurs persistantes, les troubles menstruels, les cicatrices et la dyspareunie peuvent affecter la vie intime. Les complications obstétricales peuvent également compliquer la grossesse et l’accouchement. Le traumatisme peut enfin laisser des traces psychologiques durables.

 

Pour Mariam, ces traces ne sont pas seulement médicales. Elles sont aussi intimes. Elle dit vivre aujourd’hui une vie accomplie en apparence, tout en conservant au fond d’elle la peur de nouvelles complications et le sentiment d’avoir été privée d’une partie de son intégrité. C’est précisément cette expérience qui l’a poussée à faire de la lutte contre l’excision un combat personnel.

 

La question est désormais aussi juridique.

Dans un communiqué rendu public le 26 août 2026, la CNDH a appelé les autorités de transition à adopter un texte législatif interdisant spécifiquement les mutilations génitales féminines sur l’ensemble du territoire malien. L’institution rappelle que la Constitution du 22 juillet 2023 consacre notamment le droit à la vie, à la sécurité et à l’intégrité de la personne.

Le nouveau Code pénal malien, promulgué le 13 décembre 2024, a renforcé la répression de plusieurs formes de violences basées sur le genre et des pratiques traditionnelles néfastes. Mais, selon l’analyse juridique contenue dans le document, l’excision ne fait toujours pas l’objet d’une incrimination pénale spécifique.

Le défi dépasse donc la seule adoption d’une loi. Il concerne aussi la prévention, l’éducation, la prise en charge médicale des survivantes et surtout la transformation des normes sociales.

Mariam, elle, a choisi de parler. Son histoire rappelle que derrière chaque pourcentage se trouve une femme, une fille, une vie et parfois des décennies de souffrance silencieuse.

Au Mali, l’enjeu n’est plus seulement de compter celles qui ont subi l’excision. Il est désormais de faire en sorte que les générations futures n’aient plus à en porter les conséquences.

 

Kada Tandina

Mali24.info

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