Sécurité routière : Le défi de l’immatriculation face au privilège des uniformes
Depuis le 30 juin dernier, une nouvelle directive gouvernementale interdit formellement la circulation de tout véhicule sans plaque d’immatriculation sur l’ensemble du territoire malien. Si l’initiative vise à renforcer la sécurité nationale, sa mise en œuvre sur le terrain suscite un scepticisme grandissant au sein de l’opinion publique. En cause : le profil des principaux contrevenants, majoritairement issus des forces de défense et de sécurité. Et c’est peut-être cette équation qui a motivé les mesures d’accompagnement du gouvernement. En effet, conscient de l’impact financier de cette réforme, le ministre de l’Économie et des Finances a annoncé une exonération douanière spéciale, accordée à tous les véhicules dont la valeur en douane n’atteint pas 30 millions de FCFA. De plus, les propriétaires de véhicules bénéficient d’un sursis de 12 mois pour régulariser l’intégralité des frais d’immatriculation, tout en obtenant immédiatement leurs plaques.
Malgré ces facilités, le véritable nœud du problème reste entier. La majorité des véhicules non immatriculés et dotés de vitres teintées en circulation dans les centres urbains appartiennent à des porteurs d’uniforme. L’application stricte de la loi face à cette catégorie de citoyens s’annonce particulièrement délicate.
Comme quoi, pour réussir ce pari, une implication sans faille de la hiérarchie militaire s’avère indispensable. Cependant, la donne est compliquée par l’engagement massif des troupes sur le front de la lutte contre le terrorisme. Exiger une discipline administrative stricte à des hommes engagés dans des combats vitaux pour la nation demande tact et diplomatie de la part du commandement.
Et pour éviter que la mesure ne reste lettre morte, plusieurs observateurs préconisent des solutions alternatives, comme l’installation de guichets d’immatriculation uniques directement au sein des camps militaires, ou encore la mise en place de précomptes progressifs sur les soldes pour les soldats au front, pourraient inciter les militaires à régulariser leur situation sans heurts.
En attendant, d’aucuns, sachant que l’État malien joue ici sa crédibilité se demandent : la loi s’appliquera-t-elle de manière universelle, ou l’uniforme restera-t-il un passe-droit sur les routes du pays ? Les prochaines semaines de contrôle routier apporteront une réponse définitive.
Amidou Keita
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