Mme Dia Djélika Haïdara : « Les femmes bien qu’elles occupent d’importantes responsabilités, sont aussi les gardiennes du foyer »
Passionnée de culture, engagée pour l’autonomisation des femmes et fonctionnaire au Ministère de l’Économie et des Finances du Mali, Mme Dia Djélika Haïdara figurent parmi les femmes qui conjuguent engagement professionnel, action associative et promotion du patrimoine malien. Actrice de la modernisation de la gestion publique à travers le Système Intégré de Gestion des Marchés Publics (SIGMAP), elle mène son parcours avec exigence, humilité et détermination. Dans cet entretien, elle revient sur son parcours, son amour pour la culture et sa vision d’un avenir où les femmes occupent pleinement leur place dans la transformation du continent.
Mme Dia Djélika Haïdara travaille au niveau du département chargé du Système Intégré de Gestion des Marchés Publics (SIGMAP) au Ministère de l’Économie et des Finances du Mali.
Originaire de Tombouctou, la cité des 333 saints, elle est profondément attachée à la culture et au développement de ma communauté. Son parcours est guidé par la recherche de l’excellence, le sens du service public et la volonté d’apporter ma contribution au développement de notre pays.
Parallèlement à ses fonctions, elle mène plusieurs initiatives en faveur du leadership féminin, de l’autonomisation des femmes, de la promotion de la culture et du développement socio-économique. Elle a notamment organisé des formations dans plusieurs métiers générateurs de revenus au profit de personnes démunies afin de favoriser leur autonomie.
Qu’est-ce qui vous a motivée à choisir ce domaine d’activité ?
J’ai toujours voulu être un exemple pour les jeunes filles, particulièrement celles de Tombouctou. Chaque année, à l’occasion du Maouloud, j’organise des rencontres au cours desquelles nous échangeons sur nos expériences de vie. Beaucoup de jeunes femmes me considèrent comme une conseillère, et cela me pousse à donner le meilleur de moi-même.
S’agissant du secteur public, j’ai choisi ce domaine parce que je suis convaincue que la modernisation des marchés publics contribue à une meilleure gestion des ressources de l’État, renforce la confiance des citoyens et favorise un développement durable.
Quels ont été les principaux défis que vous avez rencontrés en tant que femme, et comment les avez-vous surmontés ?
Comme beaucoup de femmes pionnières au Mali, j’ai dû faire face à des préjugés et à une certaine marginalisation. J’ai souvent été amenée à prouver davantage mes compétences. Les débuts n’ont pas été faciles, mais j’ai pu surmonter ces épreuves grâce au soutien indéfectible de mon époux, à la formation continue, à la persévérance et à la confiance en moi. Chaque difficulté m’a rendue plus forte et plus déterminée.
Parlez-nous de votre vie associative et des activités auxquelles vous avez participé. Je suis très engagée dans la promotion du leadership féminin, de l’autonomisation des femmes, de la culture et du développement communautaire.
En tant que membre de l’Association des Ressortissants et Sympathisants pour le Développement du Cercle de Tombouctou, je participe activement à la valorisation de l’art culinaire malien, en particulier celui de Tombouctou. À travers des événements culturels, des expositions et des journées de transmission des savoir-faire, nous œuvrons à préserver notre patrimoine gastronomique et à mettre en valeur le talent des femmes.
ai également eu l’honneur de participer au 17ᵉ Dar Maalma Expo ainsi qu’au 4ᵉ Congrès des Femmes Artisanes Africaines, deux rendez-vous majeurs qui célèbrent le savoir-faire des femmes africaines et leur contribution au développement économique. Ces expériences renforcent ma conviction que les femmes sont des actrices incontournables du développement de nos communautés.
Que représente pour vous la Journée internationale de la Femme africaine, célébrée le 31 juillet ?
Le 31 juillet symbolise la reconnaissance envers toutes les femmes africaines qui, par leur courage, leur résilience et leur engagement, contribuent chaque jour au développement de nos sociétés.
Au Mali, les femmes sont les gardiennes du foyer tout en assumant d’importantes responsabilités dans tous les secteurs d’activité. Qu’elles soient commerçantes, magistrates, restauratrices, entrepreneures ou responsables administratives, elles veillent également au bien-être de leurs familles et participent activement au développement de la nation. Célébrer cette journée, c’est aussi rendre hommage à toutes les pionnières africaines qui se sont battues pour les droits et l’émancipation des femmes.
Quelle est, selon vous, la place de la femme dans le développement du Mali et de l’Afrique ?
La femme est au cœur du développement. Elle éduque, entreprend, innove, produit, crée des emplois et contribue à la paix ainsi qu’à la cohésion sociale.
Malgré toutes les responsabilités qu’elle assume, elle continue de prendre soin de sa famille tout en participant activement à la vie économique. Sans les femmes, il ne peut y avoir de développement durable. Aider une femme, c’est contribuer au développement de son pays. Investir dans les femmes, c’est investir dans l’avenir de l’Afrique.
Quels sont les principaux défis auxquels les femmes africaines, notamment maliennes, font encore face ?
Malgré les progrès réalisés, les femmes maliennes restent confrontées à plusieurs défis, notamment l’accès limité à l’éducation, au financement, à la propriété foncière et aux postes de responsabilité.
Beaucoup évoluent encore dans le secteur informel sans réelle protection sociale. Il est également essentiel de poursuivre les efforts pour faire évoluer les mentalités et mieux valoriser le potentiel des femmes, y compris dans des domaines comme l’art culinaire, qui constitue un véritable levier de création d’emplois et de préservation de notre patrimoine culturel.
Quelle femme africaine vous a le plus marquée ? Pourquoi ?
C’est Aoua Keïta. Première femme députée du Mali, elle incarne le courage, l’engagement et la lutte pour les droits des femmes. Son parcours démontre qu’avec de la détermination et de la conviction, une femme peut ouvrir la voie à d’autres générations et contribuer durablement au progrès de son pays.
Comment conciliez-vous votre vie professionnelle, votre vie familiale et vos engagements personnels ?
Ce n’est pas toujours facile, mais j’essaie de m’organiser efficacement en définissant mes priorités. La compréhension de ma famille, la discipline et une bonne gestion du temps me permettent d’avancer sereinement. Je suis convaincue qu’une femme peut s’épanouir dans plusieurs domaines lorsqu’elle bénéficie d’un environnement de confiance et de soutien.
Quels sont vos projets pour les années à venir ?
Je souhaite renforcer mes actions en faveur du leadership féminin et accompagner davantage de femmes et de jeunes filles vers l’autonomisation. J’ambitionne également de développer des formations en art culinaire, savonnerie, couture, broderie, perlage et dans d’autres métiers générateurs de revenus. Je souhaite poursuivre les formations déjà initiées, soutenir les personnes démunies, promouvoir les produits locaux et encourager l’entrepreneuriat féminin afin que davantage de femmes puissent vivre dignement de leur savoir-faire.
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes filles et aux femmes ?
Je leur dirais de croire en elles, de se former continuellement et de ne jamais avoir peur de commencer, même avec peu de moyens. La réussite est un chemin fait de patience, de persévérance et de travail. Il est également important de bien s’entourer et de ne jamais cesser d’apprendre.
Quel message souhaitez-vous adresser aux femmes africaines à l’occasion de cette journée ?
À toutes les femmes africaines, je voudrais dire que chacune possède une richesse unique. Continuons à nous soutenir, à partager nos expériences et à construire ensemble un avenir où chaque femme pourra réaliser pleinement son potentiel. Soyons fières de nos cultures, de nos talents et de notre capacité à contribuer au développement de nos communautés.
Ensemble, nous pouvons bâtir une Afrique plus forte, plus prospère et plus solidaire.
Propos recueillis par Kada Tandina
Mali24.info
En savoir plus sur Mali 24
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
