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Yolande Bodiong à l’occasion de la Journée Panafricaine des Femmes : « Les médias inspirent, éduquent et participent à la construction d’une nation »

Ancienne hôtesse de l’air, Directrice de la Communication de Camair-Co, entrepreneure accomplie, engagée dans la vie associative, Yolande Bodiong est aujourd’hui une figure incontournable du paysage médiatique camerounais, voire africain. Promotrice de SUN+TV, Fondatrice de MARABOO Agence et initiatrice de plusieurs projets d’envergure, elle œuvre depuis des années pour la promotion des talents africains et l’autonomisation des femmes. Dans un entretien exclusif dédié à la Journée panafricaine de la Femme africaine, célébrée le 31 juillet, cette héroïne est titulaire d’un MBA en Organisation et Management, retrace son parcours guidé par l’audace et la conviction tout en évoquant son itinéraire. Entretien exclusif !

Le parcours professionnel de notre héroïne débute dans l’aviation. Elle a eu le privilège d’être hôtesse de l’air pendant onze ans au sein de la compagnie aérienne nationale Cameroon Airlines. Expérience qui lui a été utile.

À la création de Camair-Co, la nouvelle compagnie aérienne nationale, j’ai été nommée Directrice de la Communication. Après plusieurs années à ce poste, j’ai fait le choix de quitter le confort du salariat pour donner vie à ma vision entrepreneuriale.

J’ai ainsi créé MARABOO Agence, une entreprise spécialisée dans la communication audiovisuelle, les relations publiques et l’événementiel. À travers cette structure, j’ai développé plusieurs projets d’envergure, notamment le Salon International de l’Audiovisuel du Cameroun (SINAC), les Cameroon Television Awards et Bankable Woman.

Je suis également promotrice de SUN+TV, première chaîne de télévision 100 % divertissement du Cameroun, diffusée sur le canal 518 de CANAL+. Ma vision est de contribuer au rayonnement de l’Afrique à travers des médias de qualité et des événements qui valorisent nos talents. Mon parcours est celui d’une femme qui croit profondément que le travail, la persévérance, la foi et l’audace permettent de transformer les rêves en réalité.

Qu’est-ce qui vous a motivée à choisir ce domaine d’activité ?

J’ai toujours été fascinée par le pouvoir des médias. Les médias ne se contentent pas d’informer : ils inspirent, éduquent, influencent les mentalités et participent à la construction d’une nation. J’ai voulu créer des espaces où les Africains racontent eux-mêmes leurs histoires, où nos talents sont mis en lumière et où notre continent est présenté sous son meilleur visage. C’est cette conviction qui guide tous mes projets.

Quels ont été les principaux défis que vous avez rencontrés en tant que femme, et comment les avez-vous surmontés ?

Les défis ont été nombreux : le manque de financement, les préjugés, les résistances liées au fait d’être une femme, les tentatives de découragement, les sabotages et parfois la solitude dans la prise de décision.

Mais j’ai toujours refusé de me considérer comme une victime. Chaque obstacle est devenu une opportunité d’apprendre et de grandir. Ma foi en Dieu, ma détermination et ma capacité à toujours me relever m’ont permis de poursuivre mon chemin. Aujourd’hui encore, je considère que les difficultés font partie intégrante de la réussite.

Parlez-nous de votre vie associative ainsi que des activités auxquelles vous avez participé ?

L’engagement social est une dimension essentielle de ma vie. Je suis présidente fondatrice de l’association Grain de Rêve, qui œuvre en faveur de l’inclusion des personnes défavorisées à travers des actions de solidarité, d’accompagnement et d’autonomisation.

Je suis également marraine de l’association Des Drépachoux, qui accompagne les enfants atteints de drépanocytose ainsi que leurs parents, afin de leur apporter un soutien moral et de sensibiliser davantage sur cette maladie.

Je suis aussi marraine de l’association Échos des Écoles, qui œuvre pour l’initiation et la formation des élèves aux métiers du journalisme et des médias.

Depuis huit ans, j’organise également Bankable Woman, une plateforme dédiée à l’autonomisation économique des femmes. À travers cette initiative, nous proposons des formations, du mentorat, du réseautage et un accompagnement qui permet à de nombreuses femmes d’accéder à des financements auprès de banques partenaires, parfois sans les garanties habituellement exigées. Pour moi, réussir n’a de sens que si cette réussite permet d’aider d’autres personnes à réussir à leur tour.

Le 31 juillet célèbre la Journée internationale de la Femme africaine. Que représente cette journée pour vous ?

Cette journée est un moment de célébration, mais aussi de réflexion. Elle rend hommage à toutes les femmes africaines qui, souvent dans l’ombre, construisent nos familles, nos entreprises, nos communautés et nos pays. C’est aussi une occasion de rappeler que le combat pour l’égalité des chances et l’autonomisation des femmes n’est pas terminé. Nous devons poursuivre nos efforts pour permettre à chaque femme d’exprimer pleinement son potentiel.

Selon vous, quelle est la place de la femme dans le développement du continent africain ?

La femme est au cœur du développement de l’Afrique. Elle est mère, éducatrice, entrepreneure, agricultrice, dirigeante, innovatrice et actrice économique. Lorsqu’une femme progresse, c’est toute une famille, parfois tout un village qui avance avec elle. Je suis convaincue que le développement durable de notre continent passera nécessairement par une plus grande implication des femmes dans les décisions économiques, sociales et politiques.

Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels les femmes africaines font encore face aujourd’hui ?

Les défis restent nombreux : l’accès au financement, les inégalités professionnelles, les violences faites aux femmes, les stéréotypes, le manque de représentation dans les postes de responsabilité et parfois le manque de confiance en soi, nourri par des années de conditionnement social. Mais je constate aussi que les femmes africaines sont de plus en plus nombreuses à entreprendre, à innover et à faire entendre leur voix. C’est un mouvement qu’il faut encourager.

Quelle est la femme africaine qui vous a le plus marquée ? Pourquoi ?

Sans hésitation, Winnie Mandela. Elle représente pour moi le courage, la résilience et la fidélité à ses convictions. Malgré les épreuves, les injustices et les sacrifices qu’elle a traversés, elle est restée debout. Son parcours nous enseigne que la force d’une femme ne réside pas seulement dans ses victoires, mais aussi dans sa capacité à résister et à continuer d’avancer malgré l’adversité.

Comment conciliez-vous votre vie professionnelle, votre vie familiale et vos engagements personnels ?

Ce n’est jamais simple, mais j’ai appris à organiser mon temps et à définir mes priorités. Je m’accorde des moments pour ma famille, pour ma vie spirituelle et pour moi-même. Je crois qu’une femme ne peut donner le meilleur d’elle-même que si elle prend aussi soin de son équilibre personnel.

Quels sont vos projets ou vos ambitions pour les années à venir ?

Je souhaite continuer à développer tous les projets que j’ai initiés afin qu’ils aient un impact encore plus important sur notre société. Mon ambition est de faire du SINAC une référence internationale, de renforcer SUN+TV comme une chaîne incontournable en Afrique, de développer davantage Bankable Woman afin d’accompagner encore plus de femmes entrepreneures et de créer de nouvelles initiatives au service de la jeunesse, de la culture et du développement du continent.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes filles et aux femmes qui souhaitent réussir dans leur domaine ?

Je leur dirai d’abord de croire en elles. De se former sans cesse, de travailler avec sérieux, de rester intègres et surtout de ne jamais abandonner face aux difficultés. Le succès ne vient pas du hasard. Il est le fruit de la discipline, de la persévérance, du courage et de la capacité à transformer les échecs en expériences. Je leur dirai également de ne jamais attendre que les opportunités arrivent. Il faut parfois les créer soi-même.

Quel message souhaitez-vous adresser aux femmes africaines à l’occasion de cette journée ?

À toutes les femmes africaines, je voudrais dire qu’elles possèdent une force extraordinaire. N’ayez jamais peur de rêver grand. Continuez à apprendre, à entreprendre, à vous soutenir mutuellement et à croire en votre potentiel.

L’Afrique a besoin de femmes fortes, compétentes, solidaires et engagées. Ensemble, nous pouvons bâtir un continent plus prospère, plus juste et plus inclusif.

Je voudrais également adresser un message particulier aux femmes maliennes. Je sais combien le poids de l’héritage culturel, le regard de la société et la peur des préjugés peuvent parfois empêcher certaines d’exprimer pleinement leurs talents ou d’oser réaliser leurs ambitions.

Je veux leur dire de croire en elles. Respecter ses valeurs et sa culture ne doit jamais empêcher une femme de révéler son potentiel. Le Mali regorge de femmes intelligentes, courageuses et talentueuses. Elles ont toute leur place dans l’entrepreneuriat, le leadership, la culture, les médias, la politique ou toute autre sphère de la société. Lorsqu’une femme ose, c’est toute une nation qui avance.

Propos recueillis par Kada Tandina

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