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Histoire du 26 Mars : Une caution d’Etat aux velléités négationnistes

Ça fait déjà trop longtemps qu’au Mali l’utilité à la patrie se juge à la flagornerie de mouches de coche de tous ordres. Ils rivalisent d’ardeur à la besogne et n’ont chiche de s’y prendre aux dépens de la vérité historique et de ses épisodes les plus intouchables. D’aucuns pour conquérir ou demeurer dans les bonnes grâces du système dominant, d’autres pour continuer à jouir de ses avantages et privilèges sans frais ni effort politiques. Martyrs et héros de Mars 1991 subissent de plein fouet ce sacrilège mémoriel désinhibé. Et si la mort a réduit les premiers au silence et à l’impuissance, les seconds sont des vivants qui devraient sans doute regretter d’en être eux-mêmes pour beaucoup dans le sort qui s’acharne contre eux, et pour cause. Le désastre a pris forme pendant que les légataires historiques du Mouvement démocratique s’enivraient d’illusions jusqu’à l’infatuation et se réglaient les comptes.

Les premières brèches de la désacralisation n’ont jamais rencontré d’obstacles assez dissuasifs pour empêcher quelques polissons d’en faire leur petit mur. Ouvert par un certain Choguel Maïga, négationniste décomplexé devant l’éternel et pourfendeur de la démocratie malienne à son état embryonnaire, le concert de dédramatisation des tragédies est ainsi passé de la banalisation des événements de Mars 91 à une profanation de ses martyrs à heurter insolemment les consciences et à insulter l’intelligence.

Somme toute, à force de le laisser prospérer par complaisance, négligence ou indifférence intéressée, l’imaginaire collectif en a été prédisposé à la consommation du faux et à la réécriture sans vergogne de l’histoire devenue le filon d’opportunistes à tout crin. Une nouvelle race de négationnistes a ainsi pris le relais de ce qui cache selon toute vraisemblance une démarche iconoclaste de démantèlement de la classe politique à coups de déni, de vilénie et d’avilissement des vertus   démocratiques. En atteste, à tout le moins, la bénédiction que semblent lui accorder les plus hautes autorités par une posture mutique qui jure avec la teneur symbolique et institutionnelle du 26 Mars ainsi qu’avec les déférences qui sont à la mémoire de centaines de concitoyens victimes de leurs rêves de droits et libertés. Combien sont-ils ? On ne le saura jamais. On sait en revanche qu’ils gisent majoritairement dans le Carré des Martyrs et qu’ils méritent annuellement les honneurs de la République, en vertu d’une sentence rendue en toute souveraineté par la justice malienne aux dépens de leur principal bourreau. C’est à leur sacrifice que l’injure est faite, ces derniers temps, de faire écho aux laborieux efforts de faire rejuger les tueries de Mars 1991, aux tentatives de disculper leurs auteurs déjà condamnés et de retourner l’accusation contre les pauvres victimes. Pour ce faire, l’éventualité d’une machine répressive infiltrée est insidieusement distillée dans l’opinion, à défaut d’une réduction des martyrs à une poignée de victimes collatérales parmi les malades mentaux de la capitale.

Cette entreprise de déformation de l’histoire ne repose sur aucune assise factuelle pertinente, mais les velléités négationnistes qui la sous-tendent sont rendues consommables par une caution régalienne qui va au-delà de la seule indifférence. Elles sont notamment confortées par une complicité d’Etat apparente et perceptible dans la démonétisation et la défiance des symboles : rituels commémoratifs et protocolaires au rabais, réhabilitation tacite des bourreaux au détour de baptême de rues, de places publiques et de promotions estudiantines, etc.

A. KEITA

Le Témoin

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