Revirement du Mali sur le Sahara Occidental : Entre ralliement au Maroc et rupture avec l’Algérie
Le Mali a décidé de ranger derrière le plan d’autonomie sous souveraineté marocaine Sahara occidental et ne reconnaît plus, par conséquent, la République arabe sahraouie démocratique revendiquée par le mouvement indépendantiste du Front Polisario sur ce territoire. L’annonce a été faite par le ministre des Affaires étrangères malien, Abdoulaye Diop, en présence de son homologue marocain en visite officielle à Bamako, Nasser Bourita, lors d’un point de presse conjoint tenu dans les locaux du ministère des Affaires Étrangères, le 10 avril 2026.
Qualifiée de « souveraine, réfléchie et pleinement assumée», par le chef de la diplomatie malienne, cette décision marque un tournant stratégique après près de 45 ans de positionnement diplomatique constant, depuis la reconnaissance initiale accordée le 4 juillet 1980. Et, selon les autorités maliennes, ce repositionnement résulte d’une «analyse approfondie et responsable» d’un dossier dont l’impact sur la stabilité et la sécurité sous-régionales » impose «des approches réalistes et pragmatiques» face aux dynamiques géopolitiques contemporaines. Le ministre Abdoulaye Diop n’a ainsi pas tremblé en affichant le soutien clair et sans équivoque du Mali au plan de sortie de crise récemment proposé par le Maroc et perçu par beaucoup comme la solution la plus viable «durable» au différend. Selon ses explications, en clair, les autorités maliennes sont persuadées qu’une autonomie véritable du Sahara Occidentale, sous la souveraineté marocaine, est une solution réaliste et la plus susceptible d’emporter les adhésions sur la scène internationales. Et c’est ce qui semble motivé le ralliement du gouvernement malien au processus onusien ainsi qu’aux initiatives de l’Envoyé personnel du Secrétaire général des Nations Unies, conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, notamment la résolution 2797 adoptée en octobre 2025.
À ces motivations s’ajoute, selon Abdoulaye Diop, la qualité des relations qu’on toujours entretenues le Maroc et le Mali et un partenariat demeuré exceptionnel en dépit de la position antérieure de Bamako sur la question sahraouie et la divergence de vues des deux pays. Et d’approuver les efforts du Maroc pour la défense de sa souveraineté, de son intégrité territoriale et de sa cohésion nationale, ainsi que l’attachement du Royaume à l’unité du Mali à tous les niveaux.
En échange de ce revirement, le chef de la diplomatie marocaine, tout en se réjouissant de la jonction du Mali à la cinquantaine de pays ayant retiré leur reconnaissance au Sahara Occidental, a annoncé à son tour la suppression de l’autorisation électronique de voyage pour les citoyens maliens. Ça n’est pas tout. Nasser Bourita a également annoncé l’octroi de 300 bourses d’études supplémentaires aux étudiants maliens et la tenue, en juillet 2026, d’une session de la Commission mixte de coopération à Bamako.
Quoi qu’il en soit, la volte-face pro-marocaine du Mali sur une question pendante depuis 50 ans entre Rabat et les indépendantistes sahraouis intervient certes dans le sillage d’une cadence qui rafle les adhésions à l’échelle internationale depuis son adoubement par les Nations – Unies. Elle préfigure néanmoins un nouveau palier de la crise qu’entretiennent Bamako et le parrain historique du front Polissario ainsi que de l’Accord pour la paix et réconciliation au Mali issu du processus d’Alger. Depuis la résiliation unilatérale de celui-ci par les autorités de la Transition, les relations diplomatiques entre les deux pays n’ont de cesse de connaître des tribulations dont le rapprochement du Maroc marque un épisode parmi tant d’autres, après les passe d’armes consécutives aux dénonciations de la prise de Kidal, à la destruction d’un drone malien, etc. Il n’est donc pas exclu que la nouvelle position du Mali inspire à l’Algérie une réaction viscérale dans un contexte de déconnexion entre le Sud et le septentrion malien dont les principales contrées dépendent de l’Algérie pour nombre de denrées de première nécessité. Le rapprochement du Maroc creuse en définitive le fossé de plus en plus abyssal qui sépare Bamako d’Alger.
Amidou Keita
le Témoin
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