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Sahel -Côte d’Ivoire: Une posture de méfiance face à une main tendue

Dans un contexte de relations très tendues avec le Mali et le Burkina Faso, le ministre de la Défense (et frère cadet d’Alassane Ouattara, président de la République ivoirienne) a affirmé la disponibilité de son pays à reprendre sa collaboration sécuritaire, soulignant que les liens historiques, humains et géographiques sont trop forts pour laisser perdurer ces tensions. C’était lors de l’Eurosatory, un salon dédié à l’armement, tenu, du 15 au 19 juin 2026, au Parc des expositions de Paris-Nord Villepinte, la semaine derrière.

Pour Téné Birahima Ouattara, le terrorisme, sous sa forme actuelle, ne peut être vaincu par un État seul. « Il faut qu’il y ait une collaboration, une mutualisation des forces », a-t-il déclaré, sans toutefois préciser les contours de cette nouvelle coopération qu’il compte entretenir avec ses voisins sahéliens. « Avec le Burkina, par exemple, on avait envisagé la possibilité de mener des opérations communes. Il y a eu un arrêt que je qualifierais de brutal en juin 2024, et depuis, il n’y a plus rien. Mais il est souhaitable que nous puissions nouer ce type de partenariat pour faire face au terrorisme », a ajouté Téné Birahima, se disant « sincèrement prêt » à reprendre la coopération si ses deux voisins le souhaitent.

Seulement voilà, depuis sa déclaration, aucune voix officielle des deux pays n’a jugé nécessaire de réagir, comme pour signifier que cette main tendue du riche voisin était un non-événement. Et ce silence, aux yeux des observateurs s’expliquent par la relation qu’entretiennent Abidjan et Paris. En effet, lors de son offre, le ministre ivoirien de la Défense a réaffirmé que la France restait un partenaire central de la Côte d’Ivoire pour la formation et le renseignement, contrairement au Mali et au Burkina Faso, qui ont fait du départ de l’armée française le symbole de leur souveraineté retrouvée en privilégiant le partenariat avec Moscou. Ainsi, coopérer avec Abidjan reviendrait à accepter indirectement la présence ou l’influence du renseignement français à leurs frontières. Et pour ne rien ranger, les deux pays de l’Alliance des États du Sahel ne cessent de soupçonner leur voisin commun « d’espionnage ». De plus, il y’a un passif de crises diplomatiques non résolu, notamment le soutien de la Cote d’Ivoire lors des sanctions de la CEDEAO, l’affaire des 49 soldats ivoiriens arrêtés au Mali ou encore la mort en détention à Abidjan de l’influenceur et activiste burkinabè Alain Christophe Traoré, plus connu sous le pseudonyme d’Alino Faso.

Amidou Keita

M5-RFP : le 6ème anniversaire « passe sous le boisseau »

Le 5 juin 2020, à l’appel d’une coalition hétéroclite (composé de partis politiques, d’organisations de la société civile), baptisée « Mouvement du 5 Juin-Rassemblement des Forces Patriotiques » (M5-RFP), des milliers de Maliens se sont rassemblés sur le boulevard de l’Indépendance avec un seul slogan : la démission pure et simple du président de la République d’alors, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). Après cinq anniversaires consécutifs, le 6e anniversaire de ce mouvement n’a pas eu lieu. Et pour cause … ?

Partie de la contestation des résultats des élections législatives de 2020, auxquels se sont greffés la gouvernance controversée d’IBK, la gestion de la crise sécuritaire au Nord et au Centre, la manif de Bamako va se répandre presque sur toute les capitales régionales. Après trois meetings, respectivement les 5 Juin, 19 Juin, 10 Juillet, la crise bascule dans la désobéissance civile les 10 et 11 juillet 2020 causant des pertes en vies humaines et d’importants saccages d’édifices publics. Malgré les concessions, notamment l’abrogation du décret de nomination des membres de la Cour constitutionnelle et l’engagement à mettre en œuvre les recommandations de la CEDEAO (recherche de solutions consensuelles aux contentieux électoraux et la formation d’un gouvernement d’union nationale), les caciques du M5-RFP, dont la plupart avaient été éliminés dès le premier tour des législatives contestées, sont restés inflexibles sur le départ du chef de l’État. Après une semaine de chaos, cinq colonels réunis au sein du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) décident de « parachever » la lutte du M5-RFP. Le 18 août, le président IBK et son Premier ministre ont été arrêtés et conduits manu militari au camp militaire de Kati. Quelques heures plus tard, dans la nuit, le président IBK est apparu sur le plateau de la télévision nationale pour annoncer sa démission, ce, après avoir dissout l’Assemblée nationale.

Ainsi, par-delà la victoire de la rue sur une démocratie en souffrance, les tombeurs civils, dans leur quête de pouvoir, venaient de prendre une revanche spectaculaire sur IBK.

Depuis lors, le 5 juin était fêté, du moins par ceux qui étaient aux affaires, jusqu’à ce 5 juin 2026. En effet, contre toute attente, cette date qui devait marquer le 6e anniversaire de l’avènement du Malikura est passée incognito. Est-ce parce que « le navire Malikura » ne voulait plus dans son cockpit de pilotes auto-désignés ? Malin serait celui qui pourrait y répondre sans être dans le secret de nos patriotes déchus. Toutefois, aux yeux des observateurs avisés, la dissolution des partis et formations politiques semble être passée par là. Sauf que ce mutisme des figures historiques du mouvement est perçu comme un manque de respect envers les victimes des journées de contestation de 2020, qui ont payé de leur vie le droit de rêver à un changement. Est-ce, avec l’autorité morale du Mouvement et d’autres ténors contraints à l’exil et le président du comité scientifique et d’autres en prison, qu’ils ont fini par se rendre à l’évidence que le vent ne leur est plus favorable.

Amidou Keita

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